‹ L'esprit du comte Joseph de Maistre [selections]. Précédé d'un essai sur sa vie et ses écritsChapitre 40 sur 49 · ESPRIT · texte numérisé non relu

ESPRIT

hommes en état de récrire purement. La juste'et honorable confiance accordée en Angleterre au dei^ de France exilé, a permis à la langue française d'y jeter de profondes racines : c'est une seconde conquête peutétre,quin'apointfaitde bruit, car Dieu n'en fait point(i}, mais qui peut avoir des suites plus heureuses que la première* Singulière destinée de ces deux grands peuples qui ne peuvent cesser de*se chercher ni de se haïr. Dieu les a placés en regard comme deux aimants prodigieux qui s'attirent par un côté et se fuient par l'autre ; car ils sont à la fois ennemis et parents (2) . Cette même Angleterre a porté nos langues en Asie ; elle a fait traduire Newton dans la langue de Mahomet (3), et les jeunes Anglais soutiennent des thèses à Calcutta en arabe, en persan et en bengali. De son côté, la France, qui ne se doutait pas, il y a trente ans, qu'il y eût plus d'une langue vivante en Europe, les a toutes apprises tandis qu'elle forçait les nations d'apprendre la sienne. Ajoutez que les plus longs voyages ont cessé d'effrayer l'imagination ; que tous les grands navigateurs sont Européens (4), que l'Occident entier cède manifestement à l'ascendant européen ; que le croissant, pressé sur ses deux points, à Constantinople et à Delhi^ doit nécessairement éclater par le milieu; que les événements ont

(1) Non in commotione Dominus, (lUReg.,xix, 2.) (S) Voir la note A.

(3) Le traducteur, qui a écrit presque souà la dictée d'un astronome anglais, se nomme TulTuzul-Hussein-Khan. Boerhaave a reça le même honneur. {Sir Will, Jones' Works, in-4, t. V, p. 570. Supplément, t. I, p. 278 ; t. Il, p. 922.)

(4) Voyez Essays by the students of fort William in Bengal, etc. Calcutta, 1802. — Saint-Martin a remarqué que tous les grands na^ vigateurs sont chrétiens. C'est la même chose.

donné à T Angleterre quinze cents lieues de frontières ayec le Thibet et la Chine^ et vous aurez une idée de ce qui se prépare. L*homme, dans son ignorance^ se trompe souvent sur les fins et sur les moyens, sur la force et sur la résistance, sur les instruments et sur les obstacles. Tantôt il veut couper un chêne avec un canif, et tantôt il lance une bombe pour briser un roseau ; mais la Providence ne tâtonne jamais, et ce n'est pas en vain qu'elle agite le monde. Tout annonce que nous marchons vers une grande unité que nous devons saluée' de loiriy pour me servir d*une tournure religieuse. Nous sommes douloureusement et bien justement broyés; mais si de misérables yeux tels que les miens sont dignes d'entrevoir les secrets divins, nous ne sommes broyés que pour être mêlés (1).

(1) Les Soirées de Saînt-Pé(ersbourg,\. 1, p. 168 à 171.

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