‹ L'esprit du droit romain dans les diverses phases de son développement: dansChapitre 18 sur 87 · LIVRE I. — ORIGINES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — ORIGINES

Après la foDdation de TÉtat, la fondatioB de la maison domestique succède à renlèvement des Sabines. L^tat et la famille fondés, vient le tour de la religion. Bomulas avait déjà le respect des dieux, mais la plus grande part de son activité fut tournée vers l'État. Numa, son successeur, fut, d'après la légende, appelé au trône sur la réputation de sa piété et de son esprit de justice. D apparaît comme le représentant du principe religieux. H ne borne pas ses soins à rétablissement de la religion, à Tintroduction de nouveaux dieux et au règlement du culte, mais il a pour but de « fonder » à nouveau, par le règne des lois et de la morale, la ville qui » s'était élevée par la violence et par les armes C). » Il y parvient en donnant, même à ses institutions temporelles, une consécration divine, qui résultait de ce qu'il les présentait, aussi bien que ses institutions religieuses, comme des inspirations de la nymphe Êgérie.

Restait le droit international : Tite-Live désigne Âncus Martius, le quatrième roi, comme le fondateur de cette partie du droit (*). Il est remarquable que la légende qui fait émerger

royale comme le soatîen on le principe vital de l'État antiqae, et il se demande ce qui serait advenu de Rome ,' si la crainte du roi n'avait pas tenu en respect cette multitude d'aventuriers.

(») TiTB-LiVK, 1, 19.

(") Trrs-LiTB, 1 , 32, Ut tamen , qwmiam Numa in pace relxgiones instittHsset, a se belltcae ceremoniae proderentur, nec gerereniur soîum y sed etiam indicerentur hélîa aligna rttu,jia ab antiqua genté Aequicolit , quod nunc fetiaUi habent, deêcripsit, quo res repetuniur.

« Mais la légende n'était, pas unanime. Tite-Live se contredit lai- » même , car il a déjà montré (1 , 24) les féciaox dans leurs fonctions in- • temationales sous Tnllus Hostilins. C'est à ce dernier anssi que Cicé- » ron fiait remonter l'introduction du droit international, tandis que » Denys d'Halicamasse attribue à Numa Pompilius la fondation du collège » des féciaox. Ces fluctuations de la légende... prouvent tout au moins que » le dit>it international n'a surgi qu'après les autres parties du droit , dans

tout le reste da sein de Rome même , avoue ici un emprunt fait à un peuple étranger.

Telle est en peu de traits , l'histoire des origines du droit, qui paraissait aux Romains des temps postérieurs , être le cours naturel àes choses. C'est une vérité banale, aujourd'hui, que toute légende contient l'expression de la pensée populaire. Lors même que Tensemble des faits qu'elle raconte n'est pas conforme à l'histoire , elle n'en renferme pas moins la vérité psychologique , et contient une indication précieuse de la pensée et du sentiment universel du peuple. La légende romaine est très caractéristique sous ce rapport Quelques lignes suffiront pour le démontrer.

Les mythes populaires se plaisent d'ordinaire à faire remonter les impressions relativement récentes à une époque très éloignée et jusque dans un âge primitif, obscur et inconnu. Ils représentent l'œuvre des hommes et le produit naturel de l'histoire nationale , comme un don des dieux , ils dépeignent les temps antiques comme un âge d'or où les dieux se mêlaient encore aux hommes. Rien de semblable dans la légende romaine. Tout ce que Rome est , tout ce qu'elle acquiert et tout ce qu'elle produit, elle le doit à eUe-même et à sa puissance propre; tout se fait et s'organise, partout il y a concordance, intention et calcul. Rien ne se fait de soi-même , pas même les gentes , qui sont cependant le produit le plus immédiat de l'accroissement naturel des familles (§ 17), ni même le droit, qui émane cependant, en grande partie, des mœurs. Rien ne s'emprunte au dehors, excepté le droit international. L'État, le droit, la religion, Rome a tout produit elle-même.

C'est là un trait fondamental de la manière de voir des

» le développement de la conscience jaridiqae des Romains. La forme la • plus intrinsèquement exacte de la légende est sans aucun doute celle » qu'a suivie Cicéron. • Yoy. Lakob, dans son cotnpie-rendu de la l'« édition de cet ouvrage dans les N, Jahrb, far PhiL u, Padag., tome 67, p. 38.

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