I. PBINOIPB DE FAHILIiE. — l'ÉTAT
pies entre le droit héréditaire et la famille. Dans le doute , on peut supposer qu'une institution juridique doit avoir fait sa première apparition au moment où le besoin en était le plus urgent. Nous avons découvert un moment pareil pour le testament romain. Nous croyons qu'il est plus vraisemblable d'admettre que le même motif moral auquel le droit héréditaire en général doit son existence, l'amour de la famille, a également engendré les testaments, que de supposer qu'ils n'aient été que le produit de l'arbitraire.
L'État an point de vne dn principe snbjectif . — La société pnbliqne des individus. — La vengeance est le fondement dn droit de punir, la convention est celui du pouvoir législatif et judiciaire. — Leas et iu». — Dualisme des droits reconnus par l'État et des droits purement subjectifs.
18. L'ordre que nous avons constamment suivi nous a conduits de l'individu à la gem^ en passant par la famille. Si nous franchissons maintenant un dernier pas, celui qui sépare la genz de l'État, ce n'est pas tant le point auquel nous parviendrons qui doit attirer notre attention, c'est-à-dire la constitution antique de l'État romain, objet de tant de controverses, que le chemin même que nous devons parcourir pour atteindre à ce but. Le problème que nous avons à résoudre est celui-ci : L'État est-il , en présence des idées que nous avons développées jusqu'ici, un pas ou un saut, en d'autres termes, l'État peut-il être construit au moyen de ces idées, ou contient-il quelque chose de spécifiquement nouveau ?
La question peut paraître étrange. En effet, pourrait-on dire, l'État n'est-il pas toujours, vis^à-vis des individus, quelque chose de spécifiquement nouveau? N'est-il pas une puissance distincte et supérieure, agissant au moyen de ses organes et de ses représentants propres, un être d'une espèce plus élevée ayant des buts et des moyens plus élevés? Tel est, sans doute, l'État dans le présent, mais il n'y a rien de plus erroné que de concevoir ainsi l'État partout où on le rencontre dans l'his-
TOMC I 14
210 LTVBIB I. — TITBE L — GHAP. H. — FAMILLE
toire. L'idée de TÉtat, comme l'État lui-même, est le résultat d'un long enchaînement historique. Concevoir TÉtat tel que nous le voyons exister, fonctionner aujourd'hui, nous paraît chose si naturelle, que nous nous empressons de commettre Terreur d'appliquer cette même conception au passé. Les notions de l'antiquité sur l'État étaient cependant complètement différentes des nôtres. Un seul et même objet exprimé dans des langues diffé- . rentes peut recevoir sa dénomination d'après des points 4^ vue très divers. Le Bomain, par exemple, se servant du mot latin, pouvait se représenter un objet sous une toute autre face que nous, en employant l'expression correspondante dans notre langue. Tel est précisément le cas pour l'État , pour ses pouvoirs et ses fonctions. Cimtas, resjntbîica ont le même sens que pour nous le mot : État. Nous traduisons lex par loi , jtMieœ^ par juge , pœna^ par peine, etc., et il nous paraît tout naturel de doter l'État romain antique du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire, puisque nous y rencontrons des loU et des juges. Mais à c^ expressions modernes reste attachée toute la conception politique de notre siècle, et sans le savoir, nous introduisons avec elles, dans l'État romain, un élément qui lui est complètement étranger.
Je combattrai constamment cette erreur dans ce qui va suivre. J'espère démontrer que l'État romain antique reposait sur des idées tout autres que celles que nous attachons à l'État; que les Romains se représentaient dans les expressions res publica^jus puàlicum, judeœ, poena publxca^ etc., tout autre chose que nous, lorsque nous employons les expressions correspondantes de notre langue. A mon avis, le principe de la volonté subjective (§ 10-15) , dominait toute la conception romaine de l'État, et nous chercherons dans la suite à la reconstituer sous ce point de vue. Il est possible que cette tentative ait d'abord l'apparence d'une démonstration à priori, mais j'espère que cette, apparence disparaîtra de plus en plus à mesure que j'avancerai , et je croirai avoir pleinement atteint mon but, si Ton m'accorde seulement, à la fin, la posii-