‹ L'esprit du droit romain dans les diverses phases de son développement: dansChapitre 75 sur 87 · I. CARACTERE DE l'eSPBIT ROMAIN · texte numérisé non relu

I. CARACTERE DE l'eSPBIT ROMAIN

violents. Lorsque dana la vie la force et la faiblesse se rencontrent dans une lutte libre, le triomphe de la première est assuré par sa seule prépondérance interne.

Nous pouvons traduire cette victoire remportée dans Tintèrêt de l'État sur la diversité des races, en disant qu'à Rome le principe de l'État et du droit triomphe du principe de la nationalité. Nous avons découvert ainsi à Rome, dès sa naissance, l'idée qui renferme son importance ultérieure, sa position et sa mission particulières dans l'histoire universelle. Il n'y a point de nom qui autant que celui de Rome réveille l'idée d'un conflit entre le principe de nationalité et le principe abstrait de l'État et du droit, ou (s'il est permis de considérer en même temps l'importance religieuse de la Rome moderne) l'idée du contraste entre la nationalité et les tendances transnationales universelles {^*). La substance spirituelle que Rome renferme en elle est une espèce d'eau forte qui, dès qu'elle entre en contact avec l'organisme vivant d'une nationalité, non-seulement l'irrite douloureusement, mais le décompose et le dissout. L'histoire de Rome commence par une victoire de Rome sur sa propre nationalité, et, parvenue à son point culminant, elle nous montre l'État romain, debout sur les limites du monde antique et' du monde moderne, foulant sous ses pieds, broyés et pulvérisés, les peuples de cette époque. Après la chute de cette domination politique universelle, s'élève à la même place l'empire universel de l'Église, empire spirituel, plus puissant encore que celui de l'épée, et, comme si, tant de siècles après la disparition du peuple romain, la force de centralisation et d'expansion de l'esprit romain s'était réveillée, l'empire universel du droit romain. Malheur, pourrait-on dire au point de vue de la nationalité, malheur au principe de nationalité quand Rome l'effleure!

(M4) J'emprunte ce passage à la première édition, dans l'intérêt de la cohésion des idées, bien qne ces considérations se trouvent déjà développées au § 1 de la présente édition.

310 L. L — T. n. — RAPP. DE l'ERPB. BOM. AVEC LES PBmCIPES.

Mais lorsqu^on songe que l'histoire ne veut pas la séparation et risolement, qu'elle fonde au contraire la communauté et Funité, que Tuniversalité ne détruit pas rindiyidualité des hommes et des peuples, mais Tennoblit et Félève, alors on ne verra plus dans Rome Fange exterminateur des nationiedités, Fesprit de la négation, mais le représentant et le champion de Fidée d'universalité opposé à Fempire étroit et partial du principe des nationalités. Rome n'a pu, il est vrai, accomplir sa mission sans frapper douloureusement les nationalités étrangères. De même que le tranchant de Fépée a causé des blessures sanglantes aux peuples du monde antique , de même Facuité des principes qui caractérise le droit romain, a blessé la vie juridique nationale du monde moderne. Mais les blessures et la douleur sont le prix de la guérison.

A ce point de vue, saluons le peuple romain, à son entrée dans le monde: c comme un de ces peuples centraux dans les- » quels se réunissent, comme dans un foyer lumineux, les » rayons dispersés de l'humanité » selon la belle expression de HuscHKE ('^<^). L'histoire de sa formation nous a déjà fourni l'occasion de parler de sa mission et de ses caractères particuliers; dans le cours ultérieur de notre étude, le peuple romain devra disparaître devant son œuvre: le droit II me paraît que c'est le moment opportun de dévoiler le caractère du peuple romain et sa prédestination spéciale pour la culture du droit

Pour prouver cette prédestination, il faut approfondir les qualités du peuple romain, c'est-à-dire son caractère et son génie intellectuel; non point que cette prédestination en résulte d'elle-même, car on ne peut lui assigner d'autre cause, si ce n'est que Fhistoire a imposé aux Romains la mission de cultiver le droit. Ce n'est point parce qu'ils avaient telles et telles qualités que les Romains étaient prédestinés pour la culture du

(•w) Gonstitation de Sbbvius TuLuns , Préface^ p. 17.

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