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Chapitre I. — Conditions contentas dans la nature du droit

1. Anatomie de l'orgaiÛBme da droit. — Éléments dont il se compose : Règles , notions , institutions juridiques. — Organisation psychique du droit. — Différence entre le droit objectif et sa connaissance subjective. — (Éléments latents du droit). — Mission de la science.

3. Le droit, suivant Tidée actuellement dominante, est nu organisme objectif de la liberté humaine. Il n'est plus contesté aigourd'hui, que le droit n'est point, comme oa.3e lé figurait autrefois, une agrégation extérieure de dispositions arbitraires, qui doit son origine à la pensée du législateur; il est, comme le langage d'un peuple , le produit interne et réglé de Thistoire. Sans doute, l'intention et le calcul humains contribuent à le former, mais l'un et l'autre trouvent plutôt qu'ils ne créent, car la naissance et la formation des rapports dans lesquels se meut la vie de l'espèce, humaine ne dépendent point d'eux. Le droit et ses institutions ont surgi sous l'impulsion de la vie; 'c'est elle qui leur conserve leur incessante activité extérieure. La forme que le caractère du peuple et tout son mode d'existence ont imprimée au droit précède toute pensée, toute volonté législative, et celle-ci ne peut y toucher sans que sa tentative ne tourne à sa propre confusion. Lorsque nous comtemplons l'histoire de la formation du droit, nous la voyons se dérouler constamment sous la perpétuelle influence du caractère, du degré de civilisation, des rapports matériels, des vicissitudes du peuple. En présence des puissantes forces historiques qui la

régissent, la coopération de la raison humaine, Toulant créer au lieu de rester un instrument, se réduit & rien.

Le droit comme création réelle, objective, tel qu'il se manifeste à nous dans la forme et le mouvement de la vie et du commerce extérieur, peut ôtre envisagé comme un organisme : c'est à ce point de vue que nous allons nous placer pour en faire toute notre étude. En nous servant de cette image, nous reconnaissons au droit tous les attributs d'un produit naturel : l'unité dans la multiplicité, l'individualité, la croissance, etc. Cette comparaison, les expressions : organique, croissant naturellement, etc., sont aujourd'hui fort à la mode; mais elles ne sont souvent qu'une brillante enseigne, et rien de plus, qu'une de ces professions de foi creuses, et que l'on étale au début d'un ouvrage pour ne plus s'en souvenir ensuite.

Tout organisme peut être considéré au double point de vue anatamique et physiologique. Le premier a pour objet les éléments de cet organisme et leur action réciproque , en d'autres termes sa structure; le second ses fonctions. Nous allons considérer le droit sous ce double aspect (0» et nous occuper d'abord, dans ce paragraphe, de sa structure.

L'organisme du droit, comme tout autre organisme, se com-

(^ Depuis la publication de la première édition de cet ouvrage, j'ai remarqué un passage de Bsntham, qui considère le droit d'une manière analogue. Ce passage se trouve dans le TrodU de législation de Jé&émib BsHTHAM ; édition Et. Dumont. Paris, 1802, p. xxin. « Ce n'est pas dans » les livres de droit , dit-il , que j'ai trouvé les moyens d'invention et des » modèles de méthode : c'est plutôt dans les ouvrages de métaphysique , » de physique , d'histoire naturelle , de médecine. J'étais frappé , en lisant » quelques traités modernes de cette science , de la classification des maux » et des remèdes. Ne pourrait-on pas transporter le même ordre dans la » législation? Le corps politique ne pourrait-il pas avoir son anatomie,

• 22^ physiologie, sa nosologie, sa matière médicale t Ce que j'ai trouvé dans » les Tribonien, lea Cocceji, les Blackstone, les Vattel, les Pothier, les » Domat , est bien peu de chose : Hume, Heivetius , Linnée , Bergmann ,

• Cullen , m'ont été bien plus utiles. »

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