‹ L'esprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 2)Chapitre 48 sur 106 · Le principe de famOle · texte numérisé non relu

Le principe de famOle

a) Nature intrinsèque de la réunion des pentes. § 17.

b) Rapports de Findividu et de la communauté, g 18. . e) Rapports en dehors de la réunion des çentes. § 19.

2. Influence de la constitution militaire sur l'État et sur le droit § 20.

L Le principe de la famille

La réanion des génies. — La gène est une famille en grand et un État en petit. — Son influence sur Pensemble du droit.

17. L'union politique des races, à Rome, ressemble à une pyramide. Sa base est formée par trois cents gentes, qui produisent, en se resserrant par dégradations successives, trente curies, puis trois tribus, puis enfin le sommet personnel de tout l'édifice : le Roi. Nous n'avons à nous occuper ici que des gentes. Nous avons déjà fait remarquer, au paragraphe précédent, qu'elles seules appartiennent au principe de la famille; les curies et les tribus, de même que la royauté, appartiennent à la constitution militaire. On a contesté, il est vrai, que les gentes reposassent sur le principe de la famille (^*'); mais pour en arriver à cette conclusion, on a attribué de l'importance à ce qui n'en a point Peu importe, en effet, que tous les membres d'une

(>») Waltbb l'a contesté récemment de la manière la plus décidée, Bâm. R. G,, 8* édit., § 14 , mais il reconnaît en même temps que la réunion des fiunilles est le prototype de la réanion des gentes. Les motifs qu'il allègue méritent assurément une réfutation, mais je ne puis m'en occuper ici. Walter n'a fait aucune attention à l'étymologie (note 124) et cependant elle a, à mes yeux, comme témoignage de l'antiquité, un poids infiniment plus considérable que les dcflnitions des gentiles prises au point de vue du droit postérieur. Si l'on pouvait jeter dans la balance des exprèswons occasionnelles d'écrivains postérieurs , je pourrais invoquer à mon tour les expressions de Tite-Live , II, 48 : velut fakiliarb bellum.

1 PBINOIPE DE FâUHiLE. — GESTES. § 17 185

même cens aient eu en réalité le même auteur commun , que ridée de la parenté se soit entièrement effacée dans le cours du temps, et que la ^ens se soit convertie en une corporation politique ordinaire. Ce qui est essentiel, c'est de constater si la cens dans tout son esprit et dans son organisation, repose originairement sur ridée de Tunion des familles. H suffit d*un coup d'oeil pour le démontrer avec une clarté évidente. La langue nous rindique de la manière la plus nette dans le mot cens : genre (***).

Examinons d'abord l'organisation interne de la ffens. La conclusion des explications qui suivent se résume en cette proposition : la gens est Videntité de la famille et de VÉtat, c'est, si l'on veut, une famille avec un caractère politique, ou une société politique avec une caractère familial. Elle sort de la famille et en conserve l'intimité; mais comme elle devient d'autre part une institution politique, ce caractère politique influe sur son côté familial, autant que celui-ci déteint sur celui-là. Ces deux caractères se croisent et se confondent de telle manière, qu'il est à peine possible de les distinguer exactement.

Le lien de la gentilité ayant perdu de bonne heure son importance essentielle, il n'est guère étonnant que les renseignements que nous possédons sur elle soient rares et incomplets. Mais il nous a été conservé quelques points saillants, qui, moyennant le secours d'autres analogies historiques et de la logique interne des choses, nous permettent de déterminer l'essence de ce lien. C'est ce que nous allons tenter.

Le lien qui forme la gens embrasse l'existence toute entière de l'individu. Tous les intérêts qui agitent sa vie, le reportent

(**^) Oens , genus, du sanscrit dschan, être engendré. Le mot dêcuria désigne la gens au point de vue de sa place dans l'organisation militaire. V. § 20.

186 LIYBB L — TITBB L — CHAP. IL — FAIOLLB

vers elle, et trouvent en elle sinon une satisfaction complète, du moins des points d'appui. Le culte des dieux comme le service militaire et Texerdce des droits politiques, ne cessent de réunir les gentUes, et la mort même les réunit dans des sèpnl* tures héréditaires et communes. Os se tiennent unis et rassemblés dans les moments les plus sacrés et les plus terribles, au temple comme sur le champ de bataille; l'honneur et la honte, le bonheur et le malheur, tout leur est commun ; le lustre et la renommée de la gens profite à chacun d'eux; de même que leurs flEdts et gestes répandent sur elle de la lumière ou de Tombre. Aussi la ffens prend-elle le plus vif intérêt au sort et aux actions de l'individu; il n'est point, en effet, lié à elle par le lien relâché d'un membre de corporation, qui n'a que des droits communs à exercer avec elle, mais par le lien d'un membre de famille dont le bien et le mal, la honte et l'honneur intéressent toute la famille.

Cela se manifeste d'une double manière : dans le droit de chaque gentil vis-à-vis de la cens, et dans le droit de celle-ci vis-à-vis de luL Le premier consiste dans le droit à la protection et au soutien, le second dans les restrictions auxquelles chacun des gentils est soumis dans l'intérêt de la gens.

L'obligation réciproque des parents de se soutenir mutuellement est un des corollaires les plus naturels et les plus réguliers du principe de famille. Diverse est la forme et la mesure dans laquelle elle se traduit chez les divers peuples ; tantôt elle va jusqu'à la vengeance sanglante, tantôt, comme chez les Gei^ mains par exemple, elle se manifeste dans l'obligation de fournir une partie du prix du sang ou du Wehrgéld (**').

En ce qui concerne l'étendue de cette obligation dans le droit

(***) y. VOK Stbbl, Entgtehung det deut$ehen Kâniffthums, p. 20 s. et Waitz, JDeifUehe Verf<u9ung$geschichU, 1. 1, p. 212-216, et appendice 1, de la caution commnne (GuammUyQrgMchaft).

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