‹ L'esprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 2)Chapitre 71 sur 106 · I. PRINCIPE DS FAMILLE. — L'INDIVIDU · texte numérisé non relu

I. PRINCIPE DS FAMILLE. — L'INDIVIDU

respectée partout , et partout aussi son droit trouve protection. Tout autre était Texil de Tantiquité. L'étranger n'a point de droit; donc celui qui est expulsé delà communauté des associés, ou qui fuit à cause d'un crime , n'a plus à attendre, en quelque sorte , que le sort de la bête féroce qui erre sans trêve ni repos et que l'on traque partout où on l'aperçoit. Kexilé laisse derrière lui tout ce qui lui était cher, son foyer, ses associés , la paix du droit et le culte commun des dieux. Ce qu'il emporte c^est le sentiment d*une détresse indicible , la perspective d'une vie exposée au hasard , à la persécution, aux privations^ à la servitude, ou une liberté dépendant du caprice et de la grâce de son protecteur, et achetée par toutes sortes d'humiliations. S'il est attaqué et poursuivi, nul compagnon n^est à ses côtés; s'il tombe dans le combat, aucun ami ne vengera sa mort, n'offrira pour lui , dans la patrie , un sacrifice funéraire , ne donnera le repos à son ombre errante : ses mânes erreront sans patrie sur une terre étrangère.

Tel est l'exil de l'antiquité dans sa forme originaire. Il ne contient point, comme plus tard, une simple capitis deminutio magna, la perte du droit de cité, mais il entraine la mort civile, Fexpulsion de Thomme du terrain du droit; il le relègue dans une solitude horrible, dans un état de honte et de mort juridique. Aussi les Romains, même plus tard, lorsque les conditions les plus cruelles de l'exil avaient déjà disparu , le considéraient-ils comme une peine si grave, que Taccusé d'un crime avait jusqu'au jugement la faculté d'arrêter Tenquête criminelle par un exil volontaire.

L'idée que nous avons exposée, d'après laquelle le droit, à Torigine, se confond entièrement avec l'État et manifeste l'esprit le plus exclusif à l'égard de l'étranger, semble, au premier abord, avoir dû exercer une influence préjudiciable sur le développement de l'idée du droit dans l'histoire. Après un examen plus attentif on s'aperçoit cependant qu'elle a, au contraire, amené les plus heureux résultats. J'y découvre un des moyens les plus efficaces que Thistoire ait mis en œuvre pour arriver

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à la formation et à la conservation des États , dans leur période d'enfance. Cette idée, en effet, force les individus à entrer dans la communauté de la vie politique, elle les enchaîne à l'État par des liens de fer. Il est tout pour eux ; Tabandonner, c'est se sacrifier eux-mêmes ; sa chute les ensevelit eux et tout ce qu'ils possèdent , sous ses ruines. A la sortie de l'État comme à sa chute est attachée la perspective de la perte de la personnalité, et de la fin de tout bonheur privé. L'instinct de conservation personnelle de l'individu devient ainsi d'une double manière un des moyens de conservation les plus efficaces pour l'État luimême ; d'abord en attachant autant que possible à l'État les membres qui en font partie, et ensuite en poussant jusqu'à l'extrême leur force de résistance contre tout péril qui, de l'extérieur, viendrait à menacer l'État. Sous le premier rapport, en effet, il est très important pour l'État naissant de ne rien perdre du capital de population relativement restreint, avec lequel il commence à vivre, tandis qu'il peut être avantageux pour un État adulte de se débarrasser, par des colonies, des émigrations , etc., de la partie surabondante et improductive de ce capital. Au premier, il faut une barrière solide , au second il faut parfois une soupape. Le dernier se trouve devant un peuple élevé à l'école de la discipline et de l'ordre , lié à lui-même et à l'État par mille liens qui ne sont que le résultat d'un enchaînement séculaire d'événements ; le premier commence seulement à fréquenter cette rude école de Tordre et de la discipline ; à l'esprit indompté et rebelle à cette discipline, aux charmes de la vie vagabonde, aux tentatives pour se soustraire à la vie en communauté , il ne lui est encore permis d'opposer d'autre contrepoids que la faveur du droit qu'il garantit et qu'il protège. Comment le droit aurait-il pu rendre ce service, si la valeur de ses avantages n'avait été dans ce temps infiniment plus estimée qu'aujourd'hui, et si l'on était arrivé, déjà alors, à reconnaître en pratique la subjectivité juridique de l'homme comme tel. Celui qui aujourd'hui se résoud à abandonner l'État auquel il a appartenu jusqu'alors, n'est point retenu par la considération de

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