I. PRINCIPE DE FAMILLE. — L'INDIVIDU
son droit, car partout où il va, il vit dans une atmosphère juridique, et il emporte avec lui sa capacité juridique. Au contraire , à Tépoque dont nous parlons , celui qui Youlait sortir de r£tat auquel il appartenait , renonçait à son droit ; il sortait de Tatmosphère juridique qui pour lui ne se respirait que dans cet État, pour entrer dans le yide qui l'entourait de toutes parts; il sortait d'une oasis pour s'enfoncer dans le désert. C'est ainsi que l'Etat exerçait au moyen du droit une force d'attraction dont nous n'avons plus aucune idée aujourd'hui. Le droit et la liberté sont aujourd'hui comme l'air et l'eau, des Tes communes omnium , auxquelles participe tout homme , indigène ou étranger, dont nous n'oublions que trop facilement la valeur, parce que nous les rencontrons partout, et qui, à cause de cela, ne nous enchaînent plus à la patrie, comme au temps où on ne les rencontrait que sur son sol.
Lorsqu'il se fait une attaque contre un individu ou contre un État, la vigueur de la force de résistance est en proportion de la valeur ou de l'estimation subjective des biens menacés. Parmi ces biens se trouvait dans le cas de guerre , à l'époque dont nous parlons ici, l'existence privée toute entière de chacun des membres de l'État. La défaite était pour eux l'équivalent de la perte de la vie ou de la liberté, de l'honneur, de la famille et de la fortune ('^'). Leur propre conservation dépendait donc de celle de l'État; ils sont eux-mêmes VEtat, comme nous l'avons déjà dit au paragraphe précédent. Ce rapport des individus avec rÉtat, qui voue au service de celui-ci, d'une façon absolue, rinstinct de la conservation individuelle, apparaît ainsi comme le moyen par lequel l'histoire garantit la vie au jeune État, et l'oblige à combattre sans cesse, et avec l'énergie du désespoir,
(*^*) Gela eut exprimé dans la fonnule de la déclaration de guerre qui ne s'adresse pas seulement au peuple, mais à chaque individu. Y. Gellitts, XVI, 4 : populo Hermundulo hominihusque SermundiUis bellum indico ^acioque.
232 LIYBE I. — TITBB I. — CHAP. H. — FAMILLE
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pour le maintien de son existence. Les occasions fréquentes de ces lattes , lui permettent bientôt de porter les forces de FÉtat à Tapogée de leur développement. UÉtat actuel ne possède point une pareille force de résistance. La séparation actuelle de TÊtat et des individus se maintient dans la guerre ; l^tat fait la guerre à rÉtat, Texistence purement privée, la liberté, la famille, la fortune ne sont pas menacées de périr par suite de sa chute. Quelle que soit Timportance de la conservation de l^tat pour les biens les plus précieux et pour les intérêts les plus nobles de la nation, Tinstinct vulgaire de la conservation, qui ne se soucie point de ces biens précieux, est moins intéressé à le conserver.
Le développement ultérieur du droit romain se rattache par plusieurs côtés à cette incapacité juridique originaire de Tétranger, que nous venons d'étudier. C'est d'abord le droit sur les choses avec le droit du butin que nous avons déjà indiqué (§ 10) comme étant la racine de la propriété romaine. La propriété romaine naît de Fexercice de la force romaine contre l'étranger privé de droit. Mais si d'un côté elle se fonde sur la guerre, dont elle est l'occasion, d'un autre côté elle cache en elle-même le germe du commerce pacifique. L'échange des objets de la propriété rapproche les peuples isolés ou ennemis : au soldat qui amène la guerre, succède le marchand qui recherche la paix. Le commerce n'est pas seulement la force impulsive du développement du droit privé , il favorise aussi le perfectionnement du droit international. L'étroitesse du droit, attaché au sol, est un obstacle sérieux et gênant aux tendances incessamment actives et expansives du commerce. En même temps qu'il s'étudie à renverser les obstacles naturels qui empêchent son libre exercice , le commerce refoule aussi ceux que lui oppose l'étroitesse des idées juridiques. CTest le commerce qui malgré l'exclusivisme des idées nationales a introduit et développé