I. OARACTEBE DE L'ESPBIT BOMAIN
violents. Lorsque dans la vie la force et la faiblesse se rencontrent dans une lutte Ubre, le triomphe de la première est assuré par sa seule prépondérance interne.
Nous pouvons traduire cette victoire remportée dans Tintérêt de rÉtat sur la diversité des races, en disant qu'à Rome le principe de TÉtat et du droit triomphe du principe de la nationalité. Nous avons découvert ainsi & Rome, dès sa naissance, ridée qui renferme son importance ultérieure, sa position et sa mission particulières dans Thistoire universelle. H n'y a point de nom qui autant que celui de Rome réveille Tidée d'un conflit entre le principe de nationalité et le principe abstrait de rÉtat et du droit, ou (s'il est permis de considérer en même temps l'importance religieuse de la Rome moderne) l'idée du contraste entre la nationalité et les tendances transnationales universelles {^*). La substance spirituelle que Rome renferme en elle est une espèce d'eau forte qui, dès qu'elle entre en contact avec l'organisme vivant d'une nationalité, non-seulement l'irrite douloureusement, mais le décompose et le dissout L'histoire de Rome commence par une victoire de Rome sur sa propre nationalité, et, parvenue & son point culminant, elle nous montre l'État romain, debout sur les limites du monde antique et du monde moderne, foulant sous ses pieds, broyés et pulvérisés, les peuples de cette époque. Après la chute de cette domination politique universelle, s'élève & la même place l'empire universel de FÉglise, empire spirituel, plus puissant encore que celui de l'épée, et, comme si, tant de siècles après la disparition du peuple romain, la force de centralisation et d'expansion de l'esprit romain s'était réveillée, l'empiré universel du droit romain. Malheur, pourrait-on dire au point de vue de la nationalité,malheur au principe de nationalité quand Rome l'effleure!
(M«) J'emprunte ce passage à la première édition, dans l'intérêt de la cohésion des idées, bien qae ces considérations se trouvent déjà développées au § 1 de la présente édition.
310 L. L — T.n. — BAPP. DEL*ERPJEL BOM. AYEO LES PBINOIPES.
Mais lorsque songe que Fhistoire ne veut pas la séparation et risolement, qu'elle fonde au contraire la communauté et Tunitè, que Funiversalité ne détruit pas Findividualité des hommes et des peuples, mais l'ennoblit et l'élèTe, alors on ne verra plus dans Bome Fange exterminateur des nationalités, Fesprit de la négation, mais le représentant et le champion de Fidée d'universalité opposé à l'empire étroit et partial du principe des nationalités. Bome n'a pu, il est vrai, accomplir sa mission sans frapper douloureusement les nationalités étrangères. De même que le tranchant de Fépée a causé des blessures sanglantes aux peuples du monde antique, de même Facuité des principes qui caractérise le droit romain, a blessé la vie juridique nationale du monde moderne. Mais les blessures et la douleur sont le prix de la guérison.
A ce point de vue, saluons le peuple romain, à son entrée dans le monde: « comme un de ces peuples centraux dans les- » quels se réunissent, comme dans un foyer lumineux, les » rayons dispersés de Fhumanité » selon la belle expression de HuBCHEE (*^>). L'histoire de sa formation nous a déjà fourni l'occasion de parler de sa mission et de ses caractères particuliers; dans le cours ultérieur de notre étude, le peuple romain devra disparaître devant son œuvre: le droit II me parait que c'est le moment opportun de dévoiler le caractère du peuple romain et sa prédestination spéciale pour la culture ^u droit.
Pour prouver cette prédestination, il faut approfondir les qualités du peuple romain, c'est-à-dire son caractère et son génie intellectuel; non point que cette prédestination en résulte d'elle-même, car on ne peut lui assigner d'autre cause, si ce n'est que Fhistoire a imposé aux Romains la mission de cultiver le droit. Ce n'est point parce qu'ils avaient telles et telles qualités que les Romains étaient prédestinés pour la culture du
(*M) Constitation de SKBvnrs Tullius , Préface y p. 17.