L ESSENCE DE L'ESPRIT BOMAIN
langues n'en est pas moins complètement différente; chacun des deux peuples a conçu et a modelé lui-même les principes de son droit propre {^^). Quant aux institutions, aux lois, aux usages qui étaient communs aux Grecs et aux Bomains , il n'y a point de matière où l'indépendance des Komains vis-à-vis des Grecs, et la nature particulière de leur caractère, soient plus faciles et plus certaines à reconnaître que dans le droit
L'essence de l'esprit romain C^^)
Nous avons, plus haut, placé l'importance de Rome dans la réalisation de l'universalité politique et juridique abstraite, en opposition avec la particularité du principe national. Celui qui ne sait rien du caractère populaire de Rome pourrait croire
P<^) Tel est aussi l'avis de Mommsbn. HUt» rom.j I, p. 84, (4* éd. ail.) : a Le développement du droit public romain est bien l'œuvre de Rome ou du moins du Latium ; les emprunts y sont rares et insignifiants ; ce qui le démontre c'est que toutes les idées y sont exprimées par des mots qui portent l'empreinte latine. »
C>*) Que les philosophes de profession me pardonnent , si je touche dans ce qui suit à un sujet qui appartient à la philosophie de l'histoire , sujet qui dépasse mes forces, mais je n'ai pu faire autrement. — J'ai à peine besoin de dire qu'il ne suffit pas d'énumérer toutes les propriétés du caractère romain : une pareille énumération^ l'inventaire intellectuel et matériel du peuple romain, qui pour être exact ne peut même se dispenser de mentionner les animaux domestiques, « ces compagnons du travail humain * (Hugo), ne vaut pas mieux, à mes yeux , qu'un signalement de mandat d'arrêt. On y reconnaît que la nature humaine ne s'est pas démentie, même chez ce peuple, et qu'il possède certaines qualités dans tel degré, certaines autres dans tel autre degré, mais nous n'y apercevons pas l'individualité spécifique du peuple , parce que celle-ci ne peut s'exprimer par une addition de ses qualités. C'est ce caractère spécifique que j'ai en vue dans ce qui suit, car c'est lui qui sert à déterminer la valeur de toutes ces qualités ; mais je n'ai pas jugé nécessaire de descendre dans les détails.
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que son essence consiste dans Funiversalité cosmopolite. Mais pour peu que Ton connaisse les Romains, on sait qu'il n'y a point de peuple qui ait possédé une nationalité aussi indestructible et qui s'y soit aussi étroitement attaché. Cette nationalité n'avait pas besoin de s'isoler pour se conserver^ ni de repousser les éléments étrangers. Au contraire, elle provoquait tous les peuples & se mesurer avec elle , elle accueillait en foule les éléments étrangers; mais l'esprit romain les dissolvait prompte- » ment et se les assimilait, sans qu'ils exerçassent aucune influence i&cheuse sur lui. A l'époque florissante de Rome , la seule dont nous nous occupions ici, la nationalité romaine est semblable au rocher dans la mer; les peuples du monde antique viennent se briser contre lui comme des flots impuissants.
Cette énergie déployée à Rome par le principe de la nationalité, comment se concilie-t-elle avec la mission antinationale universelle du peuple romain ? L'universalité du caractère romain procède d'une propriété qui est à la fois expansive et universelle, d'un côté, contractive et exclusive, de l'autre : Tégoïsme. L'égoïsme, qui se fait le centre du monde, qui rapporte tout à lui-même, ne court pas le risque de s'oublier, de renoncer à sa position particulière exclusive; son universalité ne consiste qu'à vouloir tout Cette force expansive des appétits, bien qu'elle soit toujours liée à la plus grande étroitesse d'esprit» est cependant objectivement, pour l'histoire, un puissant moyen de réaliser l'idée d'universalité. Rome nous en fournit la preuve la plus éclatante.
L'égoïsme est la cause de l'universalité romaine; il est ce caractère fondamental de l'esprit romain dont nous avons à nous occuper ici. Il y a un égoîsme étroit moralement et intellectuellement, à vues courtes, sans énergie dans l'exécution, trouvant sa satisfaction dans àé& avantages mesquins et momentanés. Mais il y a aussi un égoîsme grandiose, magnifique dans le but qu'il s'est proposé, admirable par la logique et l'ampleur de ses conceptions, imposant par l'énergie de fer, par la constance et l'abandon avec lequel il poursuit son but