‹ L'esprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 2)Chapitre 96 sur 106 · I. ESSENCE DE l'espbit bohain · texte numérisé non relu

I. ESSENCE DE l'espbit bohain

répoque postérieure (*'*); on n^avaît pas pour eux un véritable amour : mais chez aucun peuple les jurisconsultes n'ont joui d'une popularité, d'une influence et d'une estime plus grandes qu'à Rome. L'attraction qu'exerçait le droit sur les Romains ne provenait pas de la satisfaction qu'il procurait à l'intelligence et au sens juridique. Le droit était pour eux plus qu'une simple source de jouissances et de satisfactions intellectuelles, il était pour eux un objet d'ennoblissement moral. Us pouvaient se dire à juste titre, qu'aucun peuple ne possédait des lois aussi sages, des institutions aussi éprouvées, et n'avait fait autant de progrés qu'eux dans la connaissance du droit Mais ils prisaient plus haut encore la gloire que nulle part le droit n'était l'objet d'une estime plus profonde et d'un plus rigoureux respect , que nulle part il ne rencontrait une certitude plus absolue d'une inviolable réalisation qu'à Rome ('"). Ce respect du droit, la soumission spontanée du Romain aux dispositions du droit, l'amour du peuple pour la justice, son aversion pour les violations du droit, le sentiment de sécurité que le droit inspirait à Rome, la confiance en son triomphe, en un mot, le sentiment sain, énergique et viril de la légalité, voilà ce qui exaltait l'orgueil du Romain.

L'opinion publique vantait les preuves signalées de ce sentiment autant qu'elle en stigmatisait les transgressions graves. Une violation du droit amena la chute de la royauté et du décemvirat : le commencement de l'époque nouvelle, l'introduction de la république fut marquée par le triomphe de la légalité sur l'amour paternel, par l'exécution du fils de Brutus, de la

C^*) y. le paragraphe suivant.

C^*) y. les expressions de GicBROir de orat.I, 44; de off. II, 20, i. f. : fimdamentum.,. justifia y nnê gua nihil potest esse laudabile; de nat. deor.| 1, 2, una exeellentissima virtus jusHHa. Val. Max., yi, 5 jusUtiaepraê^ ctpwum et eertissimum eœemplum inter omnes gentes nastra civitas*

326 L. L — T. n. — RAPP. DE l'eSPB. BOM. AYEC LES PRINCIPES

main même de son père. Ce fut le pendant de la condamnation exécutée par Romulus sur son firère (p. 288), lors de la fondation de Rome. Chaque moment important de Vhistoire antique est ennobli par un triomphe de l'idée du droit

Cette puissance morale du droit sur les esprits ne se démentait point dans les relations avec les peuples étrangers. Quelle que fût Tastuce avec laquelle l'État romain savait retourner contre eux la lettre du droit et couvrir sa politique du manteau du droit, il se reconnaissait toigours lié par ses principes et n'essayait pas de les mépriser ouvertement. Les mêmesrègles du droit international que Rome faisait valoir contre d'auties peuples, elle se les appliquait dans toute leur sévérité & ellemême. Un peuple pareil devait donc sentir le besoin , et il devait lui être réservé, le premier, d'organiser juridiquement les relations privées avec l'étranger (jils gentium).

Après avoir ainsi démontré la nécessité de cette tendance dominante de l'esprit romain vers le droit, il faut que nous recherchions quels étaient les moyens mis à sa disposition pour remplir sa mission juridique. H faut que nous examinions à quelles circonstances, à quelles qualités du peuple romain doit être attribuée la perfection avec laquelle nous voyons que cette mission a été remplie. On répond habituellement à cette question en citant les dispositions intellectuelles des Romains, leur esprit pénétrant et analytique, leur tact pratique, etc. L'influence de ces qualités est éridente, mais l'on oublie trop souvent ce qui est cependant infiniment plus essentiel, à mon avis , pour le droit ancien : la force morale , l'énergie de la volonté du peuple romain.

Le droit n'est pas conviction, opinion, savoir, etc., en un mot, ce n'est pas une puissance intellectuelle, mais une puissance morale : c'est la volonté. La volonté seule peut donner au droit ce qui constitue son essence : la réalité; la volonté seule possède une puissance réalisante et créatrice. Quelque éminentes que soient les qualités intellectuelles d'un peuple , si la force morale, l'énergie et la persévérance de la volonté lui font défaut, le

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