L'Ésprit du droit romain dans les diverses phases de son développement
Transition. — L'art juridique proprement dit. — Sa participation à la formation originaire du droit. — Son caractère.
58. S'il était vrai, comme on Fenseigne, que la mission de la jurisprudence consiste dans l'interprétation des lois, nous nous serions déjà assez longuement étendus sur la jurisprudence ancienne pour avoir épuisé la matière. Nous connaissons maintenant cette branche de l'activité juridique (§ 49); qu'a-t-elle encore à nous révéler ? Cependant, et ceci n'est pas un paradoxe, nous allons seulement aborder la partie principale et la plus difficile de notre sujet. Il s'agit d'arriver au cœur même de la jurisprudence romaine, dont jusqu'ici nous n'avons observé que les contours. Nous avons bien relevé une série de phénomènes intéressants, et nombre de traits qui caractérisent la physionomie du droit ancien en opposition avec le droit nouveau; mais ces détails appartiennent à l'époque plutôt qu'à la jurisprudence même; ils sont les reflets de la civilisation du temps dans la jurisprudence et se reproduisent par cela même dans les autres domaines de la vie intellectuelle.
Ce n'était pas seulement sur le terrain du droit proprement dit que les Pontifes avaient à interpréter et à composer des formules : ils n'exerçaient pas, en le faisant, un art juridique spécifique. Ce n'était pas la jurisprudence, c'était leur époque qui leur dictait l'esprit dans lequel ils agissaient et qui leur imposait ce joug du mot auquel ils étaient asservis, et dont nous venons d'établir l'importance.
Nous entrons désormais dans un ordre d'idées tout différent. Nous allons voir la jurisprudence à l'œuvre, elle-même, et la surprendre dans ses opérations les plus secrètes. Les