I. ESSENCE DE L'ESPRIT ROMAIN
éloigné. Cette seconde espèce d'égoïsme nous offre le spectacle de la plus grande tension possible des forces morales et intellectuelles, elle est la source de grandes actions et de grandes vertus. Nul autre caractère que le caractère romain n'est plus propre à nous en faire connaître la nature. Il n'y a aucun intérêt pour nous à suivre l'égoïsme romain dans ses mesquineries, dans sa cupidité, son avarice, sa dureté et son insensibilité, etc., il s'y étale dans toute sa nudité. Mais à mesure que les relations de l'individu s'élargissent, à mesure que grandit le but auquel il se consacre, les effets de l'égoïsme deviennent plus méconnaissables, ses formes revêtent un caractère plus noble, et parvenu enfin au point culminant de la grandeur romaine, à l'abnégation devant l'État romain, l'égoïsme individuel se vainc lui-même pour se sacrifier au bien de l'État.
Il semble paradoxal , en apparence , d'énoncer que les propriétés du caractère romain, la valeur, l'amour de la patrie, la religiosité, le respect de la loi, etc., vertus qui semblent n'avoir rien de commun avec l'égoïsme ou qui en supposent même l'absence, ont cependant leurs racines dans l'égoïsme. Pour s'en convaincre, il suffit de voir les choses dans leur vérité, de ne pas considérer les individus romains, mais l'action de l'esprit du peuple romain.
Lorsqu'un peuple est complètement imbu d'une idée, que tout son être et toute son existence se résument dans cette idée , son caractère se modèle naturellement sur elle. Les vertus, les forces qui y répondent le mieux sont celles qui se développent. Or, l'égoïsme que nous venons de caractériser exige pour son appareil moral une grande énergie de caractère, de la valeur, un ferme empire sur soi-même, la constance, l'abnégation devant le but commun, toutes les qualités en un mot que nous trouvons chez les Romains. Objectivement donc, ces qualités rendent service à l'égoïsme national, bien que, considérées subjectivement , leur développement et leur exercice renferment une abnégation individuelle. A son insu et sans le vouloir, peu importe qu'il ait ou non conscience de cette disposition, l'individu est