‹ L'Ésprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 4)Chapitre 20 sur 136 · LIVRE I. — ORIGINES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — ORIGINES

peine d'entrer dans les détails ; qu'il suffise ici, de faire ressortir, d'une manière générale, l'invraisemblance profonde de la légende romaine. Préoccupée de1 rabaisser autant que possible les origines de Rome afin de rendre d'autant plus éclatant le contraste de sa grandeur ultérieure, elle signale la population primitive comme un ramassis d'individus sans lien commun, et les appelle les premiers hommes. Cela est-il admissible? Chacun de ces hommes qui ont concouru à l'édification de Rome n'avait-il point déjà fait partie d'une communauté organisée? n'avait-il pas emporté avec lui un certain bagage historique? ou faut-il croire qu'il ait pu rejeter loin de lui et ses dieux et ses idées de droit, et toute son éducation morale, pour redevenir un être sauvage? Parmi ces brigands et ces meurtriers, un droit aurait-il pu se former en si peu de temps, ou plutôt Romulus aurait-il pu forger, au gré de sa volonté, un droit qui malgré la composition disparate de la population , malgré sa licence effrénée, aurait eu immédiatement l'autorité et l'influence d'un droit patrimonial et héréditaire? Hegel, qui pour le reste a admirablement compris l'essence de l'esprit romain, n'a point rejeté cette croyance. Il fait dériver l'esprit de légalité rigide des Romains de cette première société de brigands dont ils sont issus. « Cette origine de l'État entraî- » nait , en effet , comme conséquence immédiate , et une disci- » pline de fer, et l'esprit de sacrifice dans l'intérêt de la ligue. » Pour lui « Rome a, dès son origine, quelque chose d'artificiel, » de violent , de dépourvu d'originalité » ; la vie romaine commence « avec une férocité sauvage ignorant les sentiments de » la moralité naturelle » D'après ce système, le droit ne serait plus une chose inhérente au peuple même , ce serait une sorte de frein imposé à un animal sauvage et indompté , et l'État ne serait qu'une cage dont cet animal ne pourrait sortir que pour ravager et piller chez les voisins, sous la garde de son

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