‹ L'Ésprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 4)Chapitre 27 sur 136 · A. FONDATION DU DROIT. — LA FOKCE · texte numérisé non relu

A. FONDATION DU DROIT. — LA FOKCE

les dieux qui donnèrent aux Romains leur premier équipement, comme le Dieu d'Israël donna la terre promise aux Juifs ; ils n'eurent recours ni à la vente ni à la ruse, comme Didon lorsqu'elle fonda Carthage : non , les Romains n'ont point de propriété dérivée, dans le sens du langage juridique ; — dérivée de Dieu ou des hommes ; — leur propriété est originaire , — le propriétaire est son propre auteur ; — ils l'ont prise comme ils l'ont trouvée.

L'acquisition du Romain consistait à capere. Pour lui la propriété est ce qu'il a pris avec la main , manucaptum , mancipium ; lui-même il est le « preneur » : herus (15) ; la propriété ne se transfère point, comme plus tard, par la tradition (transdatioy traditio), mais l'abandon d'une propriété se concluait, dans la forme comme dans le fond, au moyen d'une appropriation unilatérale de la part de l'acquéreur (mancipatio, manucapere).

Le mot prendre est le seul qui réponde à l'idée romaine , et la langue latine, si pauvre qu'elle soit d'ailleurs, est riche en expressions qui ont eu, dans l'origine, cette signification. Emere, dans le langage des temps plus avancés , signifie acheter, mais là où les Romains de ce temps achetaient , leurs ancêtres avaient l'habitude de prendre. Telle était en effet la signification originaire Réméré (u).

Rapere (en allemand rauben , en gothique raubon) a dans la latinité postérieure, le sens allemand, et rapina y désigne un délit. Mais l'antiquité ne connaissait point de délit spécial de

(13) Du sanscrit hr. prendre, d'où dérive aussi y zîp. Lange, loc. cit. D'après cet auteur, dominus dérive de do (avec la suffixe minus comme dans femina, ter-minus). Il trouve dans le mot potestas un nouvel argument pour faire de la notion de force la source de la notion du droit.

Festus v° Abemito significat demito vel auferto; emere enim antiquï dicebant pro accipere; V. aussi v° Redemptores. V. aussi Pott, loc. cit. Tomel, p. 261. La signification originaire s'est conservée dans des mots composés , par exemple odimere (ad-etnere) , prendre avec soi , enlever.

rapine (**), et rapere ne signifiait autre chose qu'arracher, attirer violemment à soi, sans que le langage y attachât la nuance de fait illicite. De même le langage ne distingue point entre le cas où Ton s'approprie sans peine une chose sans maître, et celui où on l'emporte comme butin, il se sert pour les deux hypothèses du mot occupare. De ces trois racines : emere, capere et rapere, la langue latine a formé un riche répertoire de mots dérivés et composés , dont les significations furent plus tard très diverses. Mais leur identité originaire dans le sens de prendre n'en est que plus significative.

Le cas le plus important d'appropriation violente se rencontrait dans le butin de guerre. Il était considéré , ainsi que nous l'apprend Gaius (* 9), comme le meilleur mode d'acquérir la propriété, maxime, dit-il, sua esse credebant , quae ex hostibus cepissent. Chez tous les peuples jeunes et guerriers , le vol fait au préjudice de l'ennemi a toujours passé pour un mode d'acquisition honorable; « aujourd'hui même, chez les tribus » nomades de l'Afrique , le mot voleur est un nom d'honneur , » (Roscher). Dans l'appréciation des anciens grecs et des peuples septentrionaux antiques , la piraterie était un métier considéré, tandis que le commerce était méprisé, pareequ'il se concilie avec la lâcheté et la tromperie. Mercure était à la fois le dieu du commerce et du vol. Ce renseignement de Gaius n'est autre chose, il est vrai, qu'une opinion personnelle; mais il mérite toute notre attention, car nous y voyons un jurisconsulte romain , armé de bien autres ressources que nous pour connaître l'ancien droit, dévoiler dans cette observation l'empreinte du sentiment dont nous voulons ici constater l'existence chez les Romains. Il semble qu'il faille également rapporter à l'idée de prendre , l'origine étymologique du mot praedium. La

(15) La rapine rentrait dans la notion du vol, c'était un furtum manifestum.

(16) Gaius , IV , § 16.

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