‹ L'Ésprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 4)Chapitre 52 sur 136 · I. PRINCIPE DE FAMILLE · texte numérisé non relu

I. PRINCIPE DE FAMILLE

même gens aient eu en réalité le même auteur commun , que l'idée de la parenté se soit entièrement effacée dans le cours du temps, et que la gens se soit convertie en une corporation politique ordinaire. Ce qui est essentiel, c'est de constater si la gens dans tout son esprit et dans son organisation, repose originairement sur l'idée de l'union des familles. Il suffit d'un coup d'œil pour le démontrer avec une clarté évidente. La langue nous l'indique de la manière la plus nette dans le mot gens : genre (m).

Examinons d'abord l'organisation interne de la gens. La conclusion des explications qui suivent se résume en cette proposition : la gens est V identité de la famille et de VÉtat, c'est, si l'on veut, une famille avec un caractère politique, ou une société politique avec une caractère familial. Elle sort de la famille et en conserve l'intimité; mais comme elle devient d'autre part une institution politique, ce caractère politique influe sur son côté familial, autant que celui-ci déteint sur celui-là. Ces deux caractères se croisent et se confondent de telle manière, qu'il est à peine possible de les distinguer exactement.

Le lien de la gentilité ayant perdu de bonne heure son importance essentielle, il n'est guère étonnant que les renseignements que nous possédons sur elle soient rares et incomplets. Mais il nous a été conservé quelques points saillants, qui, moyennant le secours d'autres analogies historiques et de la logique interne des choses, nous permettent de déterminer l'essence de ce lien. C'est ce que nous allons tenter.

Le lien qui forme la gens embrasse l'existence toute entière de l'individu. Tous les intérêts qui agitent sa vie, le reportent

(,24) Gens , genas, du sanscrit dschan, être engendré. Le mot decuria désigne la gens au point de vue de sa place dans l'organisation militaire. V. § 20.

vers elle, et trouvent en elle sinon une satisfaction complète, du moins des points d'appui. Le culte des dieux comme le service militaire et l'exercice des droits politiques, ne cessent de réunir les gentiles, et la mort même les réunit dans des sépultures héréditaires et communes. Ils se tiennent unis et rassemblés dans les moments les plus sacrés et les plus terribles, au temple comme sur le champ de bataille; l'honneur et la honte, le bonheur et le malheur, tout leur est commun; le lustre et la renommée de la gens profite à chacun d'eux; de même que leurs faits et gestes répandent sur elle de la lumière ou de l'ombre. Aussi la gens prend-elle le plus vif intérêt au sort et aux actions de l'individu; il n'est point, en effet, lié à elle par le lien relâché d'un membre de corporation, qui n'a que des droits communs à exercer avec elle, mais par le lien d'un membre de famille dont le bien et le mal, la honte et l'honneur intéressent toute la famille.

Cela se manifeste d'une double manière : dans le droit de chaque gentil vis-à-vis de la gens, et dans le droit de celle-ci vis-à-vis de lui. Le premier consiste dans le droit à la protection et au soutien, le second dans les restrictions auxquelles chacun des gentils est soumis dans l'intérêt de la gens.

L'obligation réciproque des parents de se soutenir mutuellement est un des corollaires les plus naturels et les plus réguliers du principe de famille. Diverse est la forme et la mesure dans laquelle elle se traduit chez les divers peuples ; tantôt elle va jusqu'à la vengeance sanglante, tantôt, comme chez les Germains par exemple, elle se manifeste dans l'obligation de fournir une partie du prix du sang ou du Wehrgeld (m).

En ce qui concerne l'étendue de cette obligation dans le droit

(125J V. von Sybel , Entstehung des deutschen Königthums , p. 20 s. et "Waitz, Deutsche Verfassungsgeschichte, t. I, p. 212-215, et appendice 1, de la caution commune (Gesammtbürgschaft) .

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