‹ L'esprit du droit romain: dans les diverses phases de son développement (volume 5)Chapitre 1 sur 54 · TECHNIQUE DU DROIT ANCIEN · texte numérisé non relu

TECHNIQUE DU DROIT ANCIEN

Chapitbe I. — Notion de la technique en général.

Section I. — Appréciations divergentes du juriste et de

Vhomme du monde.

Réalité et nécesaité de cette différence. — Apologie de la jurisprudence. — Prétendu caractère naturel de la conception des gens du monde. — La saine raison humaine sans l'expérience. — Valeur et influence de l'expérience. — La jurisprudence est un précipita de la saine nûson humaine en matière de droit.

Semina nobi» teientiae natura dediiy seitn* tiam non dédit. SiNiQvc, ep. ISO.

42. Après avoir fait de la direction idéale du sentiment juridique des Romains l'objet de notre étude, dans le titre précédent, nous allons exposer maintenant avec quel art tout particulier ces idées furent transportées dans le domaine de la réalité. Ce travail, bien qu'étroitement lié à tout ce qui précède, nous montrera le droit sous un aspect tout-^-fait nouveau.

Nous avons étudié le droit dans ses tendances morales : nous avons à l'examiner, dans ce qui va suivre, à son point de vue purement juridique. Jusqu'ici nous avons analysé des idées, des conditions, qui trouvaient leur raison dernière, soit dans la destination morale du droit, soit dans le sentiment juridique

4 LIVRE n. - I« PABT. —■ TITBE IH. — TECHNIQUE.

naturel; nous avons touché à des notions accessibles et familières à rbomme du monde aussi bien qu'au juriste. Maintenant se présente une toute autre matière. Nous sommes transportés en quelque sorte dans une autre sphère, où tout doit paraître, à lliomme du monde, nouveau, disparate, étrange, n n'a pas rintelligence de ce monde où nous abordons, il le juge même au travers d'une foule de préjugés. Sans me dissimuler en rien le caractère aventureux de l'entreprise et les grandes difficultés qu'elle offre, difficultés qui ne sont pas insurmontables cependant, je n'en invite pas moins les gens dû monde à me suivre sur ce terrain de la jurisprudence proprement dite; quant au lecteur juriste, je ne crois pas que ce soit l'inviter à une trop forte épreuve que de lui demander de se mettre un instant à la place des gens du monde.

La méthode juridique fera l'objet principal de notre étude. Si c'est là une matière où tout homme du monde doit se sentir entièrement dépuysé, aucune a\itre ne devr^lit être plus familière au juriste, car c'est elle précûément qui le fait juriste. Ce n'est pas trop s'avancer cependant que d'affirmer qu'à la plupart des juristes, manque complètement la perception nette de la méthode. Familière avec toutes les autres lois, notre science du droit en est presque à ignorer se^ propres lois.

Les juristes se rendent bien compte de la méthode juridique, ils la jugent bien dans la pratique et par ses applications, mais cette connaissance est pour euz plutôt affaire de sentiment et d'expérience que de conscience. Demandez-leur ce qui constitue l'essence de la méthode juridique, en quoi la manière dont le juriste juge les relations juridiques diffère de l'appréciation des gens du monde, demandez-leur quels sont les buts, les moyens et les principes fondamentaux de la méthode, leur réponse sera loin d'être satisfaisante. Les juristes romains, eux-mêmes^ ces virtuoses de l'application pratique de la péthode, n'ont pas fait, que je sache, le plus timide essai pour en tracer une théorie. On né trouve chez eux aucune explication de son but, de sa mission, aucun reiïseignement, pas un moi même, sur les

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