EXPOSÉ DE LA QUESTION
Quel rapport existe-t-il entre l’esprit et la matière cérébrale, blanche ou grise*? L’élude des fibres et des cellules nerveuses peut-elle nous révéler quelques-uns des faits qui se rapportent à l’esprit de l’homme, quelquesunes des lois auxquelles il est soumis? — Telles sont les questions que bien des gens font d'un air railleur.
Quelle que soit l’intention dans laquelle on les fait, ces questions sont fort sérieuses en elles-mêmes, et touchent à de grands problèmes .
On pourrait y faire plusieurs réponses bien différentes :
En premier lieu, tout en admettant l’inséparabilité de l’esprit et du corps dans cette vie, on peut cependant leur supposer des modes d’existence entièrement distincts, chacun d’eux étant entièrement indépendant de
A. Bain-
l’autre. Comme conséquence, chacun devrait être l’objet d’une étude spéciale et indépendante. Dans cette hypothèse, l’étude de la substance cérébrale pourrait être intéressante au point de vue de la Physiologie et à celui de ses applications à la Médecine et à la Chirurgie ; mais elle sortirait complètement du domaine de la métaphysique .
Bien que cette hypothèse, considérée en elle-même, ne soit pas essentiellement improbable, elle semble peu d’accord avec ce qui s’observe dans le cours ordinaire des choses. Il n’y a pas d’exemple de deux agents qui soient si intimement unis que l’esprit et le corps, sans exercer d’action réciproque ou sans se modifier l'un l’autre. Néanmoins, l’union de la partie immatérielle avec la partie matérielle de l’homme est un cas tout à fait particulier, pour ne pas dire unique; et nous ne sommes pas en droit de prononcer à priori sur la manière dont ces deux agents se comportent l’un vis-à-vis de l’autre.
En second lieu, certaines fonctions de l’esprit, d’un ordre inférieur, pourraient dépendre en partie de l’organisation matérielle, tandis que les fonctions supérieures pourraient être d’une nature purement spirituelle, et qui ne serait en aucune façon régie par des conditions physiques. Ainsi, pour les impressions que nous recevons du monde extérieur, nous avons besoin des organes des sens ; nous dépendons de l’organisation et de l’action de l’œil, de l’oreille, de l’organe du toucher, et ainsi de suite ; et cependant les actions plus profondes que nous nommons mémoire, raison, imagination, peuvent être des actions purement spirituelles, supérieures à toutes les actions matérielles, et distinctes de ces actions. S’il en était