HYPOTHÈSES DIVERSES
ainsi, celui qui veut étudier l’esprit ferait bien d’étudier le mécanisme des sens; mais, pour le but qu’il se propose, il serait inutile d’aller plus loin.
En troisième lieu, il se peut que l’esprit et le corps soient complètement dans un état de relation et de dépendance intimes, de sorte que chaque acte de l’esprit détermine dans le corps un changement correspondant; et, en même temps, il se peut que ces deux genres d’action soient assez différents pour que l’un ne jette aucune lumière sur l’autre. Peut-être est-il impossible de constater, de l’un ou de l’autre côté, l’existence de quelques grandes lois; ou, peut-être encore, ces lois sont-elles exprimées en termes si différents que nous ne pouvons ’ établir aucun rapprochement entre les deux sujets. Nous savons qu’un sentiment de plaisir et un courant nerveux se produisent en même temps ; mais nous pouvons supposer que cette coïncidence ne signifie rien, ne nous indique rien. Il y a avantage à rattacher l’idée de plaisir à celle d’un repas, d’un concert ou d’un jour de congé; mais la mention des courants nerveux ne nous apprend rien de pratique, et n’ajoute rien à notre connaissance des lois du plaisir.
Quatrièmement, tout en admettant comme possible qu’une connaissance complète du cerveau contribue à nous faire connaître l’esprit, on pourrait nier que les connaissances acquises jusqu’à ce jour, ou celles auxquelles nous semblons sur le point d’arriver, aient aucune valeur à ce point de vue. Alors il serait superflu et sans résultat de faire intervenir la physiologie dans l’état actuel de no3 connaissances.
Enfin, on peut soutenir que la connaissance de ce qui
se passe dans le corps nous a déjà fait mieux connaître ce qui se passe dans l’esprit, et que les progrès dans cette voie deviendront de plus en plus sensibles à mesure que nous continuerons nos recherches.
Laquelle de ces hypothèses représente la vérité? c'est ce que l’on ne saurait décider qu’après avoir examiné l’état véritable de la question. Sur un sujet si particulier et si difficile, la seule conjecture admissible à priori serait que les deux natures distinctes ne peuvent subsister dans leur état actuel d’union intime, et rester cependant tout à fait indifférentes l’une à l’autre ; qu’on doit reconnaître qu’elles ont une action commune d’un genre quelconque; que la marche de l’une doit souvent être l'indice de la marche de l’autre.
On m’objectera peut-être que la forme de la question à laquelle je viens d’essayer de répondre, est purement oratoire, et, jusqu’à un certain point, déloyale. Si la matière cérébrale était la seule substance à laquelle on pût attribuer des fonctions mentales, tout ce que nous savons sur cet organe pourrait ne pas être d’un grand secours pour établir les lois de l’union entre l’esprit et le corps. Mais il n’en est pas ainsi. L’organisme tout entier est, quoique à des degrés différents, en union intime avec les fonctions mentales. Borner nos études à la substance nerveuse, serait présenter cette union sous un faux jour; et la connaissance de cette substance, quelque complète qu’elle pût être, ne suffirait pas pour arriver à la solution du problème. Quand un enfant s’est coupé le doigt, il nous suffit de regarder la blessure pour deviner les sentiments de l’enfant; si nous voyons un visage souriant, nous sommes renseignés jusqu’à un certain point