LOI DE RELATIVITÉ
nous avons eu peur, et que cet état pénible a cessé, il subsiste un état de sentiment que l’on peut appeler neutre. Or, il y a des lois communes aux sentiments en général, et des lois particulières aux plaisirs et aux douleurs.
Immédiatement après le principe vague, que chaque chose de l’esprit est accompagnée d’un choc nerveux correspondant, vient la loi qui assigne une contre-partie physique à l’attribut de l’esprit le plus fondamental et le plus général, et que l’on appelle ordinairement loi ou principe de relativité.
LOI DE RELATIVITÉ s' APPLIOU ANT A LA FOIS AU SENTIMENT ET A LA PENSÉE
Il aut un changement d’impression pour nous donner conscience d’une action quelle qu’elle soit.
Examinons d’abord ce qui a rapport à l’esprit : — On a souvent observé qu’une action toujours la même, sur un quelconque de nos sens, si elle persiste, produit juste le même effet que l’absence de toute action. Nous n’avons pas conscience de la pression de l’atmosphère. Une température égale, comme celle dont jouissent les poissons dans les mers tropicales, ne produit sur l’esprit aucune impression ni de froid ni de chaleur. Le sentiment de La chaleur n’est pas un état de l’esprit absolu ou indépendant, qui subsiste par lui-même, mais bien le résultat de la cessation du froid; la sensation de la lumière suppose le passage de l’obscurité ou de l’ombre, ou d’un moindre degré de lumière à un autre plus grand. Pour nous servir
L’ËSPRIT BT LE CORPS
d’un exemple familier, un horloger ne s’aperçoit pas du petit bruit persistant de ses horloges ; mais si elles venaient toutes à s’arrêter brusquement, il s’apercevrait surle-champ du silence.
Nous serions surpris si une loi si universelle n’avait pas été fréquemment remarquée et exprimée dans la littérature. Elle a bien des fois été reconnue en termes plus ou moins définis. Une des expressions les plus nettes de cette loi a été donnée, il y a longtemps, par Hobbes, en ces termes : — « C’est presque (il aurait dû dire tout à fait) la même chose pour un homme de sentir toujours une seule et même chose, et de ne rien sentir du tout. *
Ce principe a été mieux reconnu encore lorsqu’il s’applique aux émotions. Presque tout le monde sait que, lorsque nous passons de la maladie à la santé, de la pauvreté à l’abondance, de l’ignorance à la connaissance, c'est le premier choc qui est le plus vif; et qu’à mesure que s’efface le souvenir de notre premier état, la vivacité avec laquelle nous jouissons du changement s’émousse aussi. Shakespeare nous parle de l’avare qui ne regarde que rarement son trésor, de peur « d’émousser la pointe délicate du plaisir rare ; » il fait dire à Henri, ce prince si versatile :
« Si toute l’année n’était que jours de fête, — il serait aussi ennuyeux de s’amuser que de travailler *. »
Le loisir, la retraite et le repos ne sont agréables que par contraste avec les fatigues et les agitations qui les ont précédés. Le besoin constant de nouveauté et de change-