‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 27 sur 137 · EXPRESSION DU VISAGE · texte numérisé non relu

EXPRESSION DU VISAGE

muscles particuliers de la douleur ne ferait que contribuer, pour l’ensemble, à un amoindrissement d’énergie musculaire. Si donc la tristesse qui se peint malgré nous sur notre visage, est favorable à l’action du cœur, nous l’expliquerions en disant que l’exercice d’une certaine quantité de force arrête plus complètement la stimulation des organes de mouvement en général, et permet au sang et à la force nerveuse de passer dans les viscères affaiblis — appareil digestif, poumons, cœur, peau — dont l’état plus satisfaisant réagit d’une manière marquée sur le moral U

1. Un nouveau tour a été donné à l'explication du jeu de la physionomie sous l'influence du plaisir ou de la souffrance, d’abord par M. Spencer, dans la nouvelle édition de sa Psychologie, et ensuite par M. Darwin, dans l’ouvrage qu’il vient de publier sur l’Expression. La nouveauté consiste dans l’application de la doctrine de l'Evolution ou de l’Hérédité à l’explication des mouvements spéciaux et caractéristiques du visage, tels que le froncement des sourcils, le sourire, la moue et la dépression des coins de la bouche. La même théorie sert à expliquer l’expression des sentiments les plus forts, comme la crainte, l’amour, la colère.

Il n’entre pas dans le plan de cet ouvrage de discuter les détails des sentiments, soit dans leurs caractères intérieurs, soit dans leurs manifestations extérieures; nous ne voulons pas non plus examiner jusqu’à quel point il est légitime d’appliquer à l’esprit la théorie de l’évolution. Dans tout ce que nous avons dit ici pour déterminer les lois les plus générales de l’union de l’esprit et du corps, nous ne sommes en désaccord avec aucune des vues exprimées par ces deux grandes autorités, quoique nous ayons insisté bien plus qu’ils ne l’ont fait l’un et l'autre sur la loi qui lie le plaisir à un accroissement d’énergie vitale, et la souffrance à une diminution de vitalité. Quant à notre première loi, celle que nous avons nommée loi de Diffusion, M. Spencer et M. Darwin l’ont tous deux reconnue, sous un autre nom il est vrai, mais de la même manière pour le fond. C’est la dernière des trois lois par lesquelles M. Darwin explique les phénomènes de l’expression; il lui a donné le nom de c Loi de l’action directe du système nerveux excité. »

M. Darwin donne incidemment un grand nombre de preuves et d'exemples frappants de la loi du Plaisir et de la Souffrance. Parmi

L’examen, d’après sir Charles Bell, de nos deux grands mouvements convulsifs, le rire et le sanglot, confirme pleinement la loi : le premier, dans toutes ses circonstances, indique un accroissement de force vitale ; le second indique également la perte, le manque ou la privation d’énergie. « La physionomie d’un homme joyeux a une expression qui est tout l'opposé de celle d’un homme affligé » (Darwin, p. 213). Dans l’un et l’autre cas, il peut y avoir des manifestations énergiques : mais, tandis que l’énergie du rire n’est suivie d’aucune souffrance, l’énergie des sanglots que cause l’affliction, est suivie d’une prostration complète.

les symptômes d’une affliction prolongée, il cite les suivants : a La circulation devient languissante, le visage pâle, les muscles flasques ; les paupières s'ouvrent à peine ; la tête est baissée, la poitrine contractée; les lèvres, les joues et la mâchoire inférieure tombent par leur propre poids » (p. 178). Comparez ce tableau avec l'expression de la physionomie de deux nouveaux mariés au commencement de la lune de miel.

La seconde loi de M. Darwin, qu’il appelle le principe d’antithèse, le conduit plusieurs fois à citer comme exemples les effets contraires du plaisir et de la souffrance, comme étant une des différentes formes de l'antithèse, ou de la tendance à passer d’une expression à l’expression contraire, même lorsque la disposition de l’esprit ne devrait pas produire cette expression contraire. Dans notre ouvrage nous avons reconnu le principe d’opposition sous deux formes : la première est la loi fondamentale du plaisir et de la souffrance (loi de conservation) ; la seconde, l’action des petits muscles fléchisseurs pour compléter la contraction des grands extenseurs, et assurer ainsi, avec plus de perfection, l'attitude de repos et la cessation de la stimulation nerveuse.

Les contorsions yiolentes auxquelles donne lieu une souffrance aiguë, sont attribuées par M. Darwin à des habitudes héréditaires d’effort pour repousser la souffrance. Il voudrait même considérer les mouvements désordonnés que font les animaux sous l’influence du plaisir, comme se rattachant en partie à la chasse et à la recherche de leur nourriture ; cependant il reconnaît aussi que le plaisir est lui-même accompagné d'un accroissement de l’énergie de la circulation et de la force nerveuse.

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