‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 26 sur 137 · EXPRESSION DU VISAGE · texte numérisé non relu

EXPRESSION DU VISAGE

parez le vainqueur avec un de ses captifs ; comparez l’attitude du guerrier victorieux avec celle des soldats battus. Et, pour le visage , combien sont expressifs ces quelques mots : a ses traits s’affaissèrent ! »

Cependant, à cette loi générale il y a une exception remarquable qui a embarrassé le grand physiologiste Millier, de Berlin, et que Sir Charles Bell n’a pu expliquer. Il s’agit de l’expression du visage. Les mouvements que détermine le plaisir sont frappants et énergiques : les sourcils se relèvent, les coins de la bouche s’écartent ; mais, d’un autre côté, la souffrance détermine aussi des mouvements qui ne semblent pas moins énergiques : les sourcils s’abaissent, le front se ride, les coins de la bouche sont tirés en bas, la lèvre inférieure s’avance. Or, qu’un groupe de muscles agisse énergiquement sous l’influence du plaisir, et un autre sous celle de la souffrance, il y aura là deux modes d'action, et non pas une opposition. Cependant le plaisir et la souffrance sont aussi opposés que la chaleur et le froid. Ce qui cause l’un arrêtb ou détruit l’autre ; de sorte qu’aucune théorie des phénomènes physiques qui les accompagnent n’est complète, si elle ne met pas cette opposition en évidence. On serait en contradiction avec soi-même si, pour expliquer la différence entre la solvabilité et l’insolvabilité, on venait dire que l’une est la propriété mobilière et l’autre la pro priété immobilière ; et la contradiction sera la même si l’on admet qu’il y a des muscles de plaisir et des muscles de souffrance.

On peut diminuer la difficulté, si l’on veut bien pousser un peu plus loin le contraste que nous avons établi plus

haut entre l’attitude du plaisir et celle de la souffrance, la posture droite et l'affaissement. On peut supposer, nonseulement que l’effort puissant qui tient le corps étendu a cessé, mais encore que les muscles fléchisseurs agissent de manière à l’affaisser encore plus complètement, et distendent autant que possible les puissants muscles érecteurs. Or, un des effets de cette action serait de dégager les courants musculaires, et de laisser libres le sang et la force nerveuse, au profit des autres actions de l’économie, telles que la digestion, etc., qui sont les premières à se ressentir de toute grande souffrance ou de toute prostration morale. La dépense de force pour l’effort de flexion est assez faible, et le gain que procure la mise en liberté des courants nerveux et musculaires pourrait plus que compenser cette dépense. On épargnerait la lutte entre les deux états, et, malgré la souffrance, il resterait encore une stimulation active.

Pour appliquer cette théorie au visage, nous aurions à considérer si l’opposition des muscles de cette partie pourrait offrir, d’une part l’action énergique de muscles puissants, et, de l’autre, le relâchement de ces muscles sous l’influence de ceux d’un calibre moindre. Nous pouvons supposer qu’un léger effort du petit muscle qui sert à froncer les sourcils, achève le relâchement du muscle plus puissant qui sert à les relever; de môme, un faible courant d’énergie dans le muscle qui entoure la bouche, relâche plus complètement les muscles zygomatiques ainsi que le muscle buccinateur, qui sont tendus dans le sourire et dans le rire. L’emploi d’une force peu considérable aurait donc pour effet d’en mettre en liberté une plus grande ; de sorte qii’en définitive, l’action positive de ces

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