‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 34 sur 137 · FACULTÉ DE DISCERNEMENT · texte numérisé non relu

FACULTÉ DE DISCERNEMENT

divisions qui empiètent les unes sur les autres. Voici la division vraiment essentielle des facultés de l’intelligence; elles sont au nombre de trois : 1° le discernement, c’està-dire le sentiment ou la conscience de la différence ; 2° la similarité, c’est-à-dire le sentiment ou la conscience de l’accord; et 3° enfin la rétentivité, c’est-à-dire la faculté de mémoire ou d’acquisition. Ces trois fonctions, à quelque degré qu’elles se confondent, et souvent d’une manière inséparable, dans les actes de notre esprit, sontcependant des propriétés entièrement distinctes, et servent chacune de fondement à une structure différente. Dans l’analyse dernière des facultés de l'esprit, on ne peut ni augmenter ce nombre de trois auquel nous nous sommes arrêté, ni le diminuer ; un nombre moindre ne suffirait pas à expliquer tous les faits ; un autre plus grand serait inutile. Ces trois facultés sont l'intelligence, toute l’intelligence et rien que l’intelligence.

Considérons-les par ordre :

I. Discernement. — Comme nous venons de le voir, c’est là le côté intellectuel de la relativité, ou loi de changement d’impression. Lorsque de nouveaux courants prennent naissance, ou que des courants déjà existants augmentent ou diminuent, notre esprit s’éveille ; s’il est déjà sous l’influence de quelque impression, il s’opère un changement dans cette impression. Il est facile de faire voir que le discernement est le commencement même de notre vie intellectuelle. Si nous sommes insensibles au passage du chaud au froid, nous serons à jamais incapables de connaître le phénomène de la chaleur ; si le passage de la lumière à l’obscurité ne produit sur nous au-

cune impression, c’est qu’alors nous sommes aveugles ; au contraire, si nous distinguons les teintes les plus délicates, c’est que nous possédons à un haut degré l’intelligence des couleurs. Sur tous les points qu’un homme connaît mieux que ses semblables, il saisit des distinctions où les autres n'en voient aucune : un banquier reconnaît un faux billet par lequel bien d’autres ont été trompés.

Voyons maintenant l’appareil physique de cette faculté. Quand nous considérons l’immense étendue de notre faculté de discernement, les nuances en apparence innombrables de notre sensibilité, pour correspondre à l’immense variété des objets qui frappent nos sens, sans parler de nos émotions et de notre vie intérieure, nous nous apercevons qu’il faut un appareil à la fois trèsétendu et très-compliqué. Prenons un des sens, la vue, par exemple, et considérons tous les degrés que nous pouvons marquer entre l’obscurité complète et le plus vif éclat du soleil. Considérons ensuite les couleurs et leurs nuances, et nous verrons que les gradations perceptibles sont très-nombreuses : pour une organisation très-sensible aux effets de couleur, ces gradations perceptibles se compteraient par centaines. Pour l’ouïe aussi, la sensibilité d’une oreille musicale exercée embrasse peut-être plusieurs centaines de sons. Notre discernement des sons articulés s’étend aux alphabets réunis de toutes les langues que nous connaissons .

En admettant, comme nous l'avons fait pour de bonnes raisons, que toute impression nouvelle produite sur un sens est un changement des courants qui circulent dans les nerfs, — canal principal et voies collatérales de diffusion, — nous sommes amenés à croire que la conscience

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