‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 33 sur 137 · BASES DE L’INTELLIGENCE · texte numérisé non relu

BASES DE L’INTELLIGENCE

sensations et de la volonté contiennent aussi quelquesuns des fondements physiologiques de la pensée.

Le premier principe, que nous avons nommé principe de relativité, c’est-à-dire principe de la nécessité du changement pour provoquer la sensation, est la base de la pensée, de l’intelligence ou de la connaissance, aussi bien que de la sensation. Nous ne connaissons la chaleur que par le passage du froid au chaud, et réciproquement ; le haut et le bas, la longueur et la brièveté, ce qui est rouge et ce qui ne l’est pas, sont autant de passages ou de changements d’une impression à une autre: sans changement, point de connaissance. La relativité ainsi appliquée à la pensée est la même chose que la faculté appelée discernement, c’est-à-dire le sens ou le sentiment de la différence, qui est un des éléments de notre intelligence. Notre connaissance commence, pour ainsi dire, par une différence; nous ne connaissons aucune chose en ellemême, nous connaissons seulement la différence qui existe entre celle-ci et une autre chose ; la sensation de chaleur que nous avons à un moment donné n'est, au fond, qu’un contraste avec le froid qui l’a précédée.

Le second principe, que nous avons appelé loi de diffusion, c’est-à-dire rapport de la sensation avec des courants rayonnants, par opposition aux impulsions qui ne suivent qu’une direction unique, s’applique également à la pensée. Combiné avec le principe de relativité ou de changement d'impression, il nous permet, comme nous le verrons bientôt, de donner un corps à la faculté de discernement, ou d’établir ses rapports physiques avec les courants du cerveau.

Le troisième principe se rapportait à l’opposition radi-

cale qui existe entre le plaisir et la douleur ; par ce principe, nous avons cherché à établir le rapport qui existe entre le plaisir et l’accroissement de la puissance vitale, entre la douleur et la diminution de la puissance vitale. Ici se présente une complication, puisque les courants nerveux ont besoin de stimulation aussi bien que de nourriture pour être portés au maximum qui produit le plaisir ; mais, néanmoins ce principe fournit un point de départ bien clair à l’action de la volonté qui, sans cela, n’aurait pas de point de départ ; car la volonté consiste surtout à suivre le plaisir et à fuir la douleur.

Envisagée au point de vue pratique, notre intelligence peut être considérée comme un développement énorme des actions qui dépendent de la première loi de l’existence, la loi de conservation. Travailler à atteindre un plaisir encore éloigné, et assurer la diminution d’une douleur également éloignée ; accomplir des actes qui ne servent que d'intermédiaires pour l’un ou pour l’autre effet, ce n’est là que l’exercice de la volonté, dont la portée est accrue par la connaissance de la cause et de l’effet, des moyens et de la fin, ou, en d’autres termes, par notre connaissance intelligente de l’ordre du monde.

On a longtemps divisé l’intelligence en un grand nombre de fonctions ou de modes d’action, appelés facultés, sous les noms de mémoire, de raison, de jugement, d’imagination, de conception, etc. ; cependant, ce ne sont pas là des actions essentiellement distinctes, mais seulement des applications différentes des forces collectives de l’intelligence. Nous n’avons pas une faculté de mémoire radicalement distincte de la faculté de raison ou de celle d'imagination. Cette classification a le défaut d’établir des

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