‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 5 sur 137 · EXPRESSION DES SENTIMENTS · texte numérisé non relu

EXPRESSION DES SENTIMENTS

empêche la manifestation, soit par la faiblesse des sentiments, un certain degré d’intensité étant nécessaire pour agir sur nos organes L

C’est sur cette relation uniforme entre les sentiments et leur expression corporelle, que se fonde notre connaissance de l’esprit et du caractère de nos semblables. Quand une personne est contente ou affligée, qu’elle aime ou qu’elle est irritée, nous nous en apercevons sur-le-champ, à moins qu’elle ne veuille dissimuler, et môme nous pouvons, dans un cas donné, apprécier l’intensité du sentiment qui l’anime.

Pour bien des motifs différents , les signes extérieurs de toute émotion nous inspirent un intérêt profond. L’aspect des objets inanimés n’attire pas aussi vivement notre attention que celui de nos semblables ; et, en réalité, quand nous voulons que les objets naturels excitent l’intérêt le plus vif, nous usons d’artifice en leur attribuant les mêmes sentiments qu’à l’homme. Le soleil et la lune, les vents et les fleurs sont moins intéressants à nos yeux quand nous

1. Voici sur ce sujet quelques observations fort justes de M. Darwin : La plupart de nos émotions (il aurait dû dire toutes) sont unies d’une manière si intime à leur expression, qu'elles existent* à peine si le corps reste inerte. Par exemple, un homme peut savoir que sa vie est dans le plus grand danger, et peut avoir un grand désir de la sauver; et cependant il pourra peut-être dire, comme le fit Ixmis XVI entouré d’une multitude furieuse ; a Ai-je peur? sentez mon pouls. » De même, il se peut qu’un homme ait une haine violente contre un autre homme ; mais on ne peut dire qu’il est en fureur que quand cette haine agit sur son corps. {Expression, p. 239.)

C’est dans le même sens que le D r Maudsley dit : — « L’action spéciale des muscles n’est pas seulement le signe de la passion; elle en est vraiment une partie essentielle. Si, au moment où les traits expriment une passion, nous essayons d’en faire naître une différente dans l’esprit, nous n’y réussirons pas {Body and Mind, p. 30.)

les considérons comme de simples agents physiques, que quand nous leur attribuons les motifs et les intentions, les affections et les antipathies de l’être humain .

Chez les nations civilisées, les arts se sont emparés et ont profité de l’intérêt qu’excitent la figure humaine et ses diverses attitudes, ainsi que le jeu des traits, considérés comme indications des émotions intérieures. Pour le peintre, le sculpteur et le poète, chaque sentiment a ses signes particuliers, par lesquels il se manifeste. Et ce ne sont pas seulement les formes les plus grossières des sentiments qui ont ainsi leurs interprètes matériels : aux yeux de l’artiste, les émotions humaines les plus élevées, les plus nobles et les plus saintes ont chacune leur attitude et leur physionomie bien marquées et inséparables. Dans les conceptions des artistes du moyen âge, surtout, les attributs les plus divins de l’âme immatérielle avaient leur contre-partie dans le corps matériel : les martyrs, les saints, la sainte Vierge, le Sauveur lui-même, manifestaient leur nature glorieuse par les mouvements sympathiques de leur corps mortel. Le témoignage du genre humain est unanime sur ce point : de tous nos sentiments, de toutes nos émotions, il n’en est aucun qui ait une existence spirituelle indépendante ; tous sont incarnés dans notre substance matérielle.

Ce fait significatif et patent a presque toujours été oublié dans les nombreuses discussions sur l’âme immatérielle. Évident pour le vulgaire, étudié avec le plus grand soin par le sculpteur, le peintre et le poète, ce fait a été négligé et par les métaphysiciens et par les théologiens, lorsqu’ils ont voulu déterminer les limites entre l’esprit et le corps.

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