‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 6 sur 137 · ACTION DU CORPS SUR L'ESPRIT · texte numérisé non relu

ACTION DU CORPS SUR L'ESPRIT

Une seconde classe de preuves du lien intime qui existe entre l’esprit et le corps, nous est fournie par les effets que produisent sur l’esprit les changements du corps, et sur le corps les changements de l’esprit.

Et, quand il s’agit de ce groupe de faits, nous n’éprouvons d’autre embarras que celui de leur grand nombre. Commençons par quelques exemples ordinaires et bien reconnus; nous parlerons ensuite des grandes généralisations auxquelles sont arrivés les physiologistes.

Pour prouver l’influence exercée par les changements du corps sur l’état de l’esprit, nous pouvons rappeler l’effet que produisent sur nos sentiments et notre humeur la faim, la réplétion, l’état de l’estomac, la fatigue ou le repos, la pureté ou l’impureté de l’air, le froid ou la chaleur, les stimulants et les remèdes, les souffrances corporelles, la maladie, le sommeil, la vieillesse. Ces influences ne portent pas seulement sur les formes les plus grossières du sentiment; elles ne se manifestent pas seulement par des effets familiers, tels que l’exubérance de parole produite par un bon dîner; elles s'étendent aussi aux émotions les plus élevées de l’âme, à l’amour, à la colère, au sentiment du beau et à la sensibilité. « La santé maintient l'athée dans les ténèbres. » Les souffrances du corps amènent souvent un changement complet dans le moral.

Dans la vie de tous les jours, la routine du corps est la contre-partie de, celle de l’esprit. Un homme bien portant, en s’éveillant le matin, est plein d’entrain et d’énergie ; le déjeuner vient encore confirmer et augmenter ces bonnes dispositions. Les facultés et la puissance de son esprit sont alors à leur plus haut point ; elles baissent

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peu à peu à mesure que s'épuise l’effet nutritif des aliments, mais peuvent se relever encore par l’absorption de nouveaux aliments et une courte suspension du travail. Vers la fin du jour, lalassitude se manifeste, puis s’évanouit dans le profond anéantissement d’un sommeil réparateur.

Comme ce sont les facultés intellectuelles qui semblent le moins soumises aux effets des actions physiques, je vais citer quelques faits qui prouvent qu’en réalité elles ne sont pas exemptes de la règle générale. La mémoire augmente ou diminue selon l’état du corps ; elle est forte quand le corps est dispos, et faible quand nous sommes fatigués ou épuisés. Sir Henry Holland rapporte qu’il lui arriva une fois de descendre, le même jour, dans deux mines profondes des montagnes du Hartz, et de passer plusieurs heures dans chacune d’elles. Dans la seconde de ces mines, il se trouva tellement épuisé d’inanition et de fatigue, qu’il perdit complètement la mémoire : il lui était impossible de se rappeler un seul mot d’allemand. Quand il eut pris un peu de vin et de nourriture, la mémoire lui revint. On sait que, chez quatre-vingt-dix-neuf personnes sur cent, la vieillesse affaiblit singulièrement la mémoire.

Dans le délire de la fièvre, le sens de l’ouïe acquiert quelquefois une sensibilité extrême. On a remarqué qu’un des symptômes précurseurs des maladies du cerveau est une délicatesse exagérée du sens de la vue ; ce symptôme permet au médecin de diagnostiquer une congestion, laquelle sera peut-être suivie d’épanchement.

Si l’on croit que nos pensées sont à peu près sans influence sur nos organes, on fera bien de méditer les faits

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