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L'àme est la source première ou le principe delà vie

9. L’esprit a une identité personnelle ; les particules du corps changent continuellement.

Le premier chapitre de l’histoire de l’âme nous est fourni par les recherches intéressantes et patientes qui ont été faites récemment sur l’état intellectuel et les opinions des races inférieures. Je- veux parler plus particulièrement des écrits de sir John Lubbock, et de MM. Mc Lennar. et Tylor, qui ont jeté une vive lumière sur l’histoire primitive de l’humanité; ils ont suivi le développement des idées religieuses jusqu’au point de départ de la philosophie grecque.

M. Tylor s’est servi du mot Animisme pour exprimer la reconnaissance, dans toutes les races humaines, de l’âme comme entité distincte. Il y a deux sortes d’âmes : celles des individus semblables à nous, dont l’existence peut continuer après la mort ; et celles des êtres purement spirituels de tout ordre jusqu’aux divinités les plus puissantes.

Sur le sujet que nous étudions, deux problèmes distincts (dit M. Tylor) ont occupé les esprits des hommes encore peu cultivés. D’abord, en quoi consiste la différence entre un corps vivant et un cadavre — entre un individu éveillé et un autre endormi, ou autrement privé de connaissance ? En second lieu, que sont ces formes humaines qui se montrent dans les rêves et dans les vi-

PHILOSOPHIE DES RACES INFÉRIEURES 147 sions? Dans la philosophie primitive des sauvages, les deux ordres de phénomènes s’expliquaient et se complétaient l’un l’autre, grâce à la conception d’une âme- fantôme. L’absence de cette âme constitue le corps privé de vie ; l’apparition de cette âme constitue le rêve ou la vision.

La matière ou la substance de l'âme-fantôme est une sorte de vapeur ou d’ombre, impalpable et invisible, sauf les occasions particulières où elle se manifeste dans le rêve ou la vision ; elle exerce une puissance physique ; elle ressemble à la personne à laquelle elle appartient, et se montre couverte de vêtements et d'accoutrements ; elle peut, non -seulement quitter le corps, mais aussi s’élancer rapidement d’un lieu à un autre, sans que la distance soit un obstacle pour elle ; elle peut prendre possession des corps d’autres hommes ou d’animaux, et agir avec ces corps. Nécessairement, l’âme est le principe de la vie et de toute activité morale dans l’individu auquel elle appartient primitivement. (Tylor, Primitive culture, I, 387) L

Les mots qui servent à désigner l’âme, montrent l’idée

1. Les êtres humains n’étaient pas les seuls auxquels on accordât une âme. La croyance à Là me des animaux était également générale, et servait de fondement à un grand nombre de cérémonies et de coutumes particulières. On ne faisait aucune distinction essentielle entre les hommes et les animaux, au point de vue des facultés que Ton groupait sous le nom d'âme.

L’analogie entre les hommes et les plantes est bien moins prononcée; mais cependant elle présente les traits bien distincts de la vie et de la mort, de la santé et de la maladie. Cela suffisait pour que l’on douât aussi les plantes d’une âme. La doctrine de la transmigration permet aux plantes d'être h. leur tour occupées par un esprit. I)e plus, le culte des arbres entraîne nécessairement, comme conséquence, la croyance à l’âme des arbres.

La croyance aux esprits ou aux âmes des objets inanimés semble fondée sur une bien faible analogie. Pour les grands agents naturels,

généralement adoptée sur sa nature ou sa substance. En première ligne vient le mot d’ombre, d’un si fréquent usage dans les langues civilisées. Ce mot d'ombre réunissait avec assez de bonheur deux des attributs de l’âme, la non-substantialité et la forme de l'individu ; et malgré cela, en le considérant de plus près, on trouverait plusieurs objections à y faire. Ensuite vient le cœur, à cause du rapport qui existe entre ses battements et la pleine vitalité ; puis se présente, dans le même ordre d’idées, l’identité, si largement admise, de l’âme et du sang. En troisième lieu, on a beaucoup parlé de la respiration pour désigner l’âme, à cause du rapport évident qui existe entre la respiration et la vie ; les mots psyché, pneutna, animus, spiritus' ont cette origine; les langues sémitiques, ainsi que d’autres encore, offrent des expressions analogues. Enfin, on trouve dans différentes traditions de l’Europe et d’autres parties du monde, un rapport établi entre la vie et la pupille de l'œil, k cause de la différence marquée qui existe entre l’œil d’un homme plein de santé et de vie, et celui d’un malade ou d'un mort. (Tylor, pp. 388-391 *.)

tels que les vents, les fleuves, les océans, le feu, le soleil, le fait de la puissance qu’ils exercent est par lui-même un grand point de ressemblance, quoiqu’il y ait en même temps de fort grandes différences ; c’est là l’origine de la personnification de la nature. Les âmes des objets, âmes d’instruments utiles — outils, ustensiles, armes, cabanes, canots, — ont une place parmi les esprits que reconnaissent les races inférieures ; c’est là une conception de l’âme purement utilitaire. I-e culte des troncs d’arbres et des pierres, si souvent cité, est assurément le plus grand abaissement de la faculté de vénération de l’homme; mais on en a expliqué l’existence par des raisons qui semblent fort probables. (Sir John Lubbock, Origine de la civilisation , chap. V.)

1. M. Tylor signale un résultat intéressant de la pluralité des

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