‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 56 sur 137 · PLATON · texte numérisé non relu

PLATON

sphères tournant sur elles-mêmes ; il a à la fois une âme et un corps. L’âme, fixée au centre, et pénétrant l’ensemble, est douée de mouvement, et met en mouvement tout le corps cosmique. Le cosmos, dans ses régions périphériques ou célestes, contient les dieux; dans ses régions centrales, ou inférieures d’air, d’eau et de terre se trouvent les- hommes, les quadrupèdes, les oiseaux et les poissons. En passant de la partie divine du cosmos à la création des hommes et des animaux, il y a eu une dégénérescence graduelle. Le crâne humain était un petit Cosmos, contenant une âme raisonnable et immortelle, faite de matières impures; mais le corps contient deux âmes inférieure^ et mortelles; la plus élevée des deux est située dans la poitrine, et se manifeste par l’énergie, le courage, la colère, etc. ; l’âme inférieure réside dans l’abdomen, et se manifeste par l'appétit. Les deux âmes inférieures sont des causes de trouble pour l’âme raisonnable supérieure ; elles dérangent ses mouvements de rotation, et en pervertissent les propriétés harmoniques. Cependant, malgré sa dignité supérieure , l’âme n’est jamais détachée du corps; elle possède les propriétés matérielles d’étendue et de mouvement ; enfin elle est la puissance motrice de tout le système.

Comparée à l’élévation et à la pureté des idées éternelles, l’âme cosmique elle-même n’était qu’un mélange imparfait, un compromis entre l’idéal et le sensible ; et l’âme humaine ne pouvait lui être supérieure. Cependant, par sa participation aux idées, quoique unie aux sens, elle était douée de mouvement et immortelle.

Aristote entreprit de réfuter toutes les théories de

l’Ame proposées par ses devanciers. Il rejeta la doctrine qui regardait le mouvement spontané comme une propriété de l’Ame ; il déclara insoutenable la théorie favorite de la perception — Les semblables ne sont connus que par les semblables — et la combattit par des arguments très-plausibles. Quant au mouvement spontané, il pensait qu'il est inexact de dire que l’âme ait un mouvement quelconque; si nous considérons plus spécialement l’intelligence ou le votis, nous pourrions plutôt, selon lui, dire que sa manière d’.ètre n’est pas le mouvement, mais bien le repos ou suspension de mouvement.

Dans sa critique, et dans la partie positive de ses théories, Aristote est en progrès sur ses devanciers. S'a vive perception des faits et sa sobriété de jugement le mettent audessus des écarts de l’imagination, trop souvent disposée à ne voir qu’un des côtés de la question. Il avait étudié les phénomènes réels que présentent les corps vivants ; il avait médité sur la distance énorme qui sépare le monde inanimé du monde animé : pour lui, l’ensemble des ètres animés est plus complètement séparé de l’ensemble des corps inorganiques, que les animaux ne le sont des plantes.

Mais un des caractères de ce génie extraordinaire fut de savoir également manier ces deux extrêmes de la science, les faits et les abstractions les plus élevées. C’est en étudiant ces abstractions qu’il a produit un grand nombre des distinctions subtiles qui, depuis lui, se retrouvent constamment dans la pensée humaine.

Quiconque veut commencer la philosophie d’Aristote par le commencement, doit avant tout se rendre maître de ses Quatre Causes, ou conditions de toute production :

Page 1