L’INCAPACITÉ MORALE
la gloire du caractère de l’homme, quoiqu’ils aient été toujours destinés à lui faire un compliment ; la constance de la nature sensible de l’homme, sans laquelle notre vie serait un chaos, une impossibilité, il faut y renoncer pour la seule raison que, à un moment donné, une épithète maladroite a été employée pour désigner les suites spirituelles. La différence entre l’esprit et la matière est grande; mais les mots de liberté et de nécessité représentent le point d'accord aussi bien que le point de différence; et la répétition les ayant rendus familiers pour exprimer la différence, on suppose que la rectification renverse tout, et efface la distance énorme entre les deux natures.
III. Ce que l’on appelle capacité et incapacité morales est encore une confusion artificielle au sujet de la volonté, et pourrait aussi servir de texte à un sermon sur les erreurs généralement reçues. C’est plus particulièrement un exemple de ce que nous pouvons appeler prendre une question par le mauvais bout.
On reproche à un homme de se livrer à la boisson, et il répond pour s’excuser qu’il ne peut pas s’en empêcher — qu’il ne peut résister à la tentation. A la rigueur, ces mots peuvent passer. Mais que dire de cette réponse qu’on lui fait si souvent : — Vous pourriez vous en en empêcher, si vous le vouliez? Assurément il y a là quelque malentendu ; ce n’est pas une de ces réponses claires que nous aimons dans les affaires pratiques. Qu’il s’agisse de la matière ou de l’esprit, nous devons indiquer un moyen clair et pratique d’arriver au but. Pour avoir une bonne récolte, nous labourons et nous fumons la terre ; pour enseigner les mathématiques à un jeune homme, nous l’envoyons à un bon professeur, et nous
ERREURS COURANTES SUR L'ESPRIT
stimulons son attention par un système de récompenses et de punitions. Il existe aussi des moyens intelligibles pour corriger les gens vicieux : éloignez-les de la tentation jusqu’à ce qu’ils aient pris d’autres habitudes ; attirez-les vers une autre manière de vivre, en leur offrant des objets plus attrayants; ou tout au moins, faites leur craindre la punition. Par ces moyens, un grand nombre sont écartés du vice, et beaucoup aussi sont ramenés au bien après avoir failli. Mais dire à un homme, « vous pouvez être vertueux si vous le voulez, » ou n’a pas de sens, ou cache un sens réel. Si cela a un sens quelconque, — et on n’emploierait pas ces mots si on ne leur avait trouvé quelque efficacité, — ce sens doit être dans les circonstances indirectes qui les accompagnent. Quel est donc ce sens si mal exprimé? En premier lieu, ces mots expriment le désir et la volonté sérieuse de celui qui parle ; ils disent, assez maladroitement : — « Je voudrais vous voir changer de conduite ; » cette dernière expression a une puissance réelle, plus ou moins grande, suivant l’estime que celui qui parle a su inspirer à son interlocuteur. En second lieu, ces mots présentent à l’esprit du coupable un idéal d’amendement, qui pourrait aussi être exprimé d’une manière plus correcte; ainsi, l’on pourrait dire : — « Pensez à votre état, et comparezvous à un homme de vie régulière. » Puis il y a un petit trait de la dignité et de l’orgueil de la volonté, si chers aux stoïciens. Enfin ces mots peuvent rappeler indirectement à l’esprit des conséquences bonnes ou mauvaises, ce qui est de tous les motifs le plus puissant. En donnant naissance à ces différentes idées, même celte expression inexacte peut avoir une efficacité réêlle;mai3 cela ne justifie nulle-