‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 73 sur 137 · LA NOTION DU MONDE EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

LA NOTION DU MONDE EXTÉRIEUR

est excessivement simple et intelligible; elle convient trèsbien, non-seulement aux usages les plus ordinaires de la vie, mais même aux objets les plus scientifiques. La supposition d'un monde matériel indépendant, et d’un monde spirituel indépendant, créés séparément, et arrivant en contact — l'un composé des objets perçus, et l'autre de l’esprit qui perçoit — exprime (ou exprime trop) la division des sciences en sciences de la matière et sciences de l’esprit, et les lois les plus élevées du monde matériel, tout au moins, n’en sont nullement faussées. D'un autre côté, toute tentative pour exposer les faits du monde extérieur d’après le plan de Berkeley, ou d’après un plan quelconque exempt de contradiction, est embarrassante et presque impossible. Un exemple de ce fait, moins important, mais absolument semblable, nous est familier. Le mouvement journalier du soleil autour de la terre, supposée immobile, répond si exactement à tous les usages ordinaires, que, quoique cette idée soit fausse, nous la conservons dans le langage de la vie ordinaire. C’est une expression commode, quoique inexacte, et elle ne trompe personne. Et, c’est là ce qui arrivera très-probablement pour le monde extérieur, après que la contradiction aura été reconnue, et corrigée par une périphrase métaphysique. Les philosophes ne font encore que s’essayer à trouver une périphrase acceptable ; mais nous pouvons être presque sûrs que, dans la pratique, rien ne remplacera jamais l’idée du monde de l’esprit et du monde de la matière, distincts l’un de l'autre. Si, après la démonstration que nous a donnée Copernic de la position véritable du soleil, nous trouvons encore nécessaire de conserver la fiction de son mouvement diurne, à plus forte raison, après que

233 ERREURS COURANTES SUR L’ESPRIT se sera accomplie définitivement la révolution de Berkeley — et, selon moi, elle est inévitable — à plus forte raison, dis-je, conserverons-nous la fiction d’un monde extérieur indépendant ; seulement nous aurons alors trouvé quelque moyen d’exposer les faits, sans tomber dans la contradiction.

Revenons k la volonté. Le fait que nous voulons sauvegarder et représenter par des termes convenables, est celui-ci : — une action volontaire est une conséquence distincte et sut generis ; un être humain qui évite le froid, qui cherche de la nourriture, qui s’attache à d’autres êtres, ne doit pas être confondu avec une conséquence purement matérielle, comme la pluie qui tombe, ou la poudre qui fait explosion. Des deux côtés, les phénomènes sont des phénomènes de conséquence, et de conséquence régulière ou uniforme; mais les éléments de ces conséquences sont très-différents ; dans l’une, un sentiment de l’esprit, ou une réunion de sentiments, est suivi d’un effort musculaire conscient; dans l’autre, les deux degrés se composent d’éléments purement matériels. C’est la différence entre une suite spirituelle et psychologique, et une suite matérielle ou physique — en un mot, la différence entre l’esprit et la matière, la plus grande opposition qu’il y ait dans toute la nature, dans l’univers. Or, il faut trouver un langage qui explique complètement cette opposition complète ; et je suis convaincu que rarement, dans l’usage de la parole humaine, on a fait un choix plus malheureux que celui des deux mots liberté et nécessité, pour exprimer l’idée qui nous occupe. Ces mots n’expriment pas le point réel, et ils apportent des idées étrangères à la question. Us changent en reproche ce qui est

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