‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 78 sur 137 · LOI DE RELATIVITÉ · texte numérisé non relu

LOI DE RELATIVITÉ

de froid. Noos ne pouvons Di sentir ni savoir sans reconnaître deux états distincts : aussi toute connaissance esteiie double, c’est-à-dire que c’est la connaissance de contrastes ou de contraires; ce qui est lourd ne l’est que par rapport à ce qui est léger; le haut suppose le bas; être éveillé suppose l’état de sommeil.

I. — Un grand nombre des conséquences de cette loi sont suffisamment reconnues, ou, si elles ne le sont pas, c’est moins par ignorance que par d’autres motifs. C’est une faiblesse morale, plutôt qu’intellectuelle, qui nous fait penser que le premier mouvement d’un grand plaisir, qu’une joie nouvelle ou un succès nouveau, persistera avec la même force. Le pauvre ne s’exagère probablement pas la joie que lui causerait la richesse si elle lui venait tout à coup; ce dont il ne se rend pas compte, c’est la manière dont la continuité du bien-être et de l’abondance émousse , la sensation nouvelle. L’auteur de Romola, parlant de son héros et de son héroïne aux premiers moments de leur affection, dit qu ils ne pouvaient prévoir le temps où leurs baisers seraient des choses ordinaires. Il en est de même de tous les objets que nous avons recherchés avec ardeur ; le premier sentiment de bonheur peut ne pas nous désappointer; mais à mesure que nous nous éloignons de l’état de privation, à mesure que s’efface le souvenir de notre expérience antérieure, la vivacité de la jouissance actuelle safface aussi. Il en est de même des changements en mal : la douleur d’une grande perte est d’abord accablante; mais peu à peu nous nous habituons à notre nouvel état, et la souffrance diminue. Ce que i’on appelle en pareil cas force de l'habitude, n’est que l’application de ia loi de changement, de comparaison ou de relativité.

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C’est une expérience souvent faite par l’homme, quoiqu’il n’en croie pas facilement le témoignage d’autrui, que les plaisirs du repos et de la retraite sont complètement relatifs au travail et à la peine passés ; après le premier moment de transition, ces plaisirs sont de moins en moins sensibles, et ils ne se renouvellent qu’ après que le travail lui-même a été renouvelé. La description que nous présente le Paradis perdu du délicieux repos d'Adam et d’Ève dans le paradis, est trompeuse; le poète leur accorde une intensité de plaisir qui ne peut être ressentie que par l’homme travaillant à la sueur de son front, après la malédiction divine.

Les plaisirs de la science sont relatifs à l’ignorance qui les a précédés ; car, quoique la possession de la science soit à plusieurs égards un bien durable, cependant tout le charme n’en est senti qu’au moment où l’on passe du mystère à l’explication, de l’absence d’impression à la » possession intellectuelle. Cette forme de plaisir ne se soutient que par do nouvelles acquisitions et de nouvelles découvertes. De plus, dans les formes inférieures du plaisir que nous cause la connaissance, nous n’échappons jamais à la loi de relativité; la puissance nous enchante par rapport à notre impuissance antérieure. Platon supposait que dans la connaissance nous avions un exemple de plaisir pur, c’est-à-dire de plaisir indépendant de toute privation ou de toute douleur antérieure ; mais une telle purëté est un fait stérile, qui ressemble assez à l’air pur d’un désert sans végétation et sans eau. Un état de santé constante, quoique ce soit une des premières conditions du bonheur, est en soi un état de neutralité ou d’indifférence. L’homme qui n’a jamais été malade ne peut chanter

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