BIBLIOTHÈQUE SCIENTIFIQUE INTERNATIONALE
Le premier besoin de la science contemporaine — on pourrait môme dire d'une manière plus générale des sociétés modernes — c’est l’échange rapide des idées entre les savants» les penseurs, les classes éclairées de tous les pays. Mais ce, besoin n’obtient encore aujourd'hui qu’une satisfaction fort imparfaite. Chaque peuple a sa langue particulière, ses livres, ses revues, ses manières spéciales de raisonner et d’écrire, ses sujets de prédilection. Il lit fort peu ce qui se publie au delà de ses frontières, et la grande masse des classes éclairées — surtout en France — manque de la première condition nécessaire pour cela, la connaissance des langues étrangères. Il en îésulte que les idées neuves restent longtemps oon- •finées, au grand détriment des progrès de l'esprit humain, dans le pays qui les a vues naître. Le libre échange industriel règne aujourd hui presque partout ; le libre échange intellectuel n’a pas encore la môme fortune, et cependant il ne peut rencontrer aucun adversaire ni inquiéter aucun préjugé.
Ces considérations avaient frappé depuis lontemps un certain nombre de savants anglais. Au congrès de l’association britannique à Edimbourg, ils tracèrent le plan d’une BIBLIO- THÈQUE SCIENTIFIQUE INTERNATIONALE, paraissant à la fois en anglais, en français, en allemand et en russe, publiée en Angleterre, en France, aux États-Unis, en Allemagne, eo Russie, et réunissant des ouvrages écrits par les savants les plus distingués de tous les pays. En venant en France pour chercher les moyens de réaliser cette idée, ils devaient naturellement s’adresser à la REVUE SCIENTIFIQUE, qui marchait dans la même voie, et qui projetait au môme moment, après les désastres dé la guerre, une entreprise semblable destinée à étendre en quelque sorte son cadre et à faire connaître plus rapidement en France les livres et les idées des peuples voisins.
Les deux projets se sont réunis, et il s’est formé alors dans chaque pays un comité de savants qui choisira les ouvrages admis dans la Bibliothèque et assurera ainsi leur haute valeur scientifique. Le comité français comprend plusieurs membres de l’Institut et le directeur de la itevue scientifique.
La BIBLIOTHÈQUE SCIENTIFIQUE INTERNATIONALE n’est donc pas une entreprise de librairie ordinaire. C’est une œuvre dirigée par les auteurs mêmes, en vue des intérêts de la science, pour la populariser sous toutes ses formes, et faire connaître immédiatement dans le monde entier les idées originales, les directious nouvelles, les découvertes importantes, qui se font jour dans tous les pays. Chaque savant exposera les idées qu’il a introduites dans la science et condensera pour ainsi dire ses doctrines les plus originales.
On pourra, ainsi, sans quitter la France, assister et participer au mouvement des esprits en Angleterre, en Allemagne, en Amérique, en Italie et dans les pays slaves, tout aussi bien que les savants mêmes de chacun de ces pays.
La BIBLIOTHÈQUE SCIENTIFIQUE INTERNATIONALE ne comprendra point seulement des ouvrages consacrés aux
sciences physiques et naturelles ; elle abordera aussi les sciences morales, comme la philosophie, 1 histoire, la politique et l’économie sociale, la haute législation, etc. ; mais les livres traitant des sujets de ce genre se rattacheront encore aux sciences naturelles, en leur empruntant les méthodes d’observation et d’expérience qui les ont rendues si fécondes depuis deux siècles.