LE LIBRE ARBITRE ET LA DIGNITÉ
Un de leurs dogmes principaux était la distinction entre les choses qui sont en notre pouvoir et celles qui sont au-delà de notre pouvoir ; et ils étendaient beaucoup trop les limites de ce qui est en notre pouvoir. Considérant le sentiment de la mort, où Vidée est tout, et un grand nombre de nos désirs et de nos aversions, qui sont aussi une pure affaire de sentiment, c*est-à-dire, qui dépendent de notre éducation — comme, par exemple, l'orgueil de la naissance, — - ils. pensaient que les douleurs en général, même les douleurs physiques et le chagrin que nous cause la perte de nos amis, peuvent être annulées par une discipline de l'esprit, si nous les considérons intellectu'ellement comme n'étant pas des douleurs. Ils élevaient et grandissaient la puissance de la volonté, capable d'imposer une discipline si supérieure, et mêlaient une émotion d'orgueil à la conscience de cette grandeur de la volonté. Dans les siècles suivants, les poètes et les moralistes reprirent ce sujet ; et l'appel à l'orgueil de la volonté peut être considéré comme un instrument permanent de persuasion morale. Cette association d* un point d'honneur ou de dignité avec notre volonté, est le principal appât qui nous a attirés dans Fimpasse du libre arbitre et de la nécessité.
C*est à l'école d'Alexandrie qu'est réservé le second pas qui ait été fait dans la question. Philo Judaeus parle de rhomme vertueux comme d'un homme libre, et du criminel comme d'un esclave. A part l'idée d'un compliment adressé à la vertu, le mot de liberté n'est pas trèsbien choisi, puisqu'à la vertu la plus élevée s'attache l'idée de soumission ou de restriction, plutôt que celle de liberté.
A. Bain. )5
Les premiers Pères de l'Église firent passer la question à sa phase théologique, en la rattachant aux grandes doctrines du péché originel et de la prédestination; dans cette phase, elle partagea toute les difficultés spéculatives attachées à ces doctrines. Cependant, le monde théologique a toujours été partagé entre le libre arbitre et la nécessité; et peut-être les noms les plus imposants se trouvent-ils parmi les partisans de la nécessité. Jamais homme n'apporta dans les discussions théologiques un esprit plus pénétrant que Jonathan Edwards, et il s'est déclaré pour la nécessité.
Plus récemment cependant, depuis que la question est devenue une question de pure métaphysique, le Ubre arbitre a repris le dessus, comme convenant mieux à la dignité de Thomme, raison qui semble être sa principale recommandation, et le seul argument en sa faveur. Les raisons les plus fortes sont, je le crois, en faveur de la nécessité ; mais ce mot porte avec lui une apparence d'affront, et tous les raisonnements possibles ne peuvent suffire à faire accepter aux hommes un affront.
La controverse sur le libre arbitre met en lumière une autre faibleâse de Tesprit humain, qui mérite d'être citée, parce qu'elle sert à expliquer la prolongation de cette cont reverse ; je veux parler de la tendance que l'on a à regarder comme une négation d'un fait toute manière de reproduire ce fait qui s'écarte de la manière ordinaire. La rose à laquelle on donne un autre nom n'est pas seulement moins parfumée, mais ce n'est plus une rose du tout. Quelquesunes des questions les plus importantes ont souffert de cette faiblesse.