DU MYSTÈRE
de « Théorie des causes occasionnelles, » n'était autre chose qu un certain mode d'intervention divine. D'après cette théorie, Dieu travaillait, par un miracle perpétuely à produire les changements de l'esprit correspondant aux actions physiques exercées sur nos sens parla lumière, le son et les autres agents matériels. Or, dans ce mode d'action supposé, il n'y a rien de contradictoire; mais dans l'emploi du mot miracle il y a une faute de relativité. Le mot miracle signifie une intervention exceptionnelle; il suppose un état habituel auquel il fait exception. Si toutes les actions sont également miraculeuses, alors il n'y a plus de miracle.
IL — Nous consacrerons la fin de ce travail à une classe d'erreurs encore plus remarquables, qui proviennent delà suppression d'un des deux membres corrélatifs du môme couple ; nous voulons parler des erreurs qui se rapportent au mot de mystère, mot dont on a beaucoup abusé, de bien des manières, et surtout en ne tenant pas compte de son caractère relatif. Tout mystère suppose certaines choses qui sont simples^ intelligibles, compréhensibles, révélées; et, par opposition à ces choses, le mot mystère s'applique à certaines autres choses qui sont obscures, inintelligibles, incompréhensibles, non révélées. Quand la conduite d'un homme est toute simple, droite, bien expliquée, nous disons qu'elle est facile à comprendre; quand nous sommes embarrassés par les détours d'un caractère rusé, caché, nous disons qu'il est très-mystérieux. De même dans la nature, nous croyons comprendre divers phénomènes, — comme la pesanteur, et toutes ses conséquences, la chute des corps, le cours des rivières, les mouvements des planètes, les marées, etc. D'un autre
côté, les tremblements de terre et les volcans sont très-' mystérieux; nous ne savons de quoi ils dépendent, comment ou dans quelles circonstances ils se produisent. Nous comprenons certaines actions des corps vivants, comme, par exemple, l'action du cœur pour ta propulsion mécanique du sang; d'autres actions, et c'est le plus grand nombre, sont mystérieuses; par exemple, le procédé de la germination et de la croissance. Ainsi, le contraste qui existe entre les choses que nons comprenons bien et celles que nous ne comprenonspas, donne au mot mystère un sens bien défmi. Dans certaine cas, un mystère résulte d'une contradiction apparente; c'est ce qui a lieu pour le mystère théologique du libre-arbitre et de la prescience divine : ici encore, nous retrouvons un coniraste avec la grande masse des choses conséquentes et Lonoiliablea. Mais maintenant, quand des écrivains qui visent à l'effet viennent nous dire que tout est mystérieux; que les phénomènes les plus simples de la nature, la chute d'une pierre, les oscillations d'un pendule, le mouvement ascensionnel d'une balle lancée en l'ah-, sont étonnants, merveilleux, miraculeux — notre intelligence est confondue : puisqu'il n'y a rien d'intelligible, alors il n'y Li rien de mystérieux. Le merveilleux sort de l'ordinaire, de même que ce qui est élevé ne l'est que par rapport à quelque chose de plus bas; s'il n'y a rien d'ordinaire, alors il n'y a rien de merveilleux; si tous les phénomènes sont mystérieux, rien n'est mystérieux; si nous devons Gtre stupéfaits de ce que trois fois quati^ font douze, quel phénomène pourrons-nous prendre pour type du simple et de rintelligible*? Il faut toujours avoir un type de l'or ■ dinaire, du facile, du compréhensible, si l'on doit regarder