‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relations: suivis d'études sur lesChapitre 24 sur 157 · LOI DE RELATIVITÉ S' APPLIQUANT A LA FOIS AU SENTIMENT ET A LA PENSÉE · texte numérisé non relu

LOI DE RELATIVITÉ S' APPLIQUANT A LA FOIS AU SENTIMENT ET A LA PENSÉE

Il aut un changement d'impression pour nous donoer conscience d'une action quelle qu'elle soit.

Examinons d'abord ce qui a rapport à l'esprit : — On a souvent observé qu'une action toujours la même, sur un quelconque de nos sens, si elle persiste, produit juste le même effet que l'absence de toute action. Nous n'avons pas conscience de la pression de l'atmosphère. Une température égale, comme celle dont jouissent les poissons dans les mers tropicales, ne produit sur l'esprit aucune impression ni de froid ni de chaleur. Le sentiment de la chaleur n'est pas un état de l'esprit absolu ou indépendant» qui subsiste par lui-même, mais bien le résultat de la cessation du froid ; la sensation de la lumière suppose le passage de Tobscurité ou de l'ombre, ou d'un moindre degré de lumière à un autre plus grand. Pour nous servir

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d*un exemple familier, un horloger ne s'aperçoit pas du petit bruit persistant de ses horloges; mais si elles venaient toutes à s'arrêter brusquement, il s'apercevrait surle-champ du silence.

Nous serions surpris si une loi si universelle n'avait pas été fréquemment remarquée et exprimée dans la littérature. Elle a bien dés fois été reconnue en termes plus ou moins définis. Une des expressions les plus nettes de cette loi a été donnée, il y a longtemps, par Hobbes, en ces termes : — « C'est presque (il aurait dû dire toiu à fait) la même chose pour un homme de sentir toujours une seule et même chose, et de ne rien sentir du tout. »

Ce principe a été mieux reconnu encore lorsqu'il s'applique aux émotions. Presque tout le monde sait que, lorsque nous passons de la maladie à la santé, de la pauvreté à l'abondance, de l'ignorance à la connaissance, c'est le premier choc qui est le plus vif; et qu'à mesure que s'efface le souvenir de nôtre premier état, la vivacité avec laquelle nous jouissons du changement s'émousse aussi. Shakespeare nous parle de l'avare qui ne regarde que rarement son trésor, de peur « d'émousser la pointe délicate du plaisir rare ; » il fait dire à Henri, ce prince si versatile :

« Si toute Tannée n'était que jours de fête, — il serait aussi ennuyeux de s'amuser que de travailler ^. »

Le loisir, la retraite et le repos ne sont agréables que par contraste avec les fatigues et les agitations qui les ont précédés. Le besoin constant de nouveauté et de change-

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