L*E8PRIT ET LE CORPS
frances encore plus intenses, épuise complètement le système tout entier.
Cette loi du plaisir et de la souffrance nous donne la clef des principaux modes d'expression des sensations. Les organes qui servent à les exprimer par le mouvement sont d'abord les traits du visage, puis la voix, et enfin les gestes et les mouvements du corps en général, tête, tronc et extrémités. Les émotions agréables mettent évidemment en mouvement toutes ces parties ; les grimaces, les gestes et les attitudes prouvent l'intervention d'une impulsion active. L'attitude plus droite, Tépanouissement des traits, la force de la voix, tout démontre que les muscles extenseurs, qui sont de beaucoup les plus grands, sont énergiquement stimulés. Quand nous avons un surplus d'énergie à dépenser, nous étendons le corps et nous le redressons, plutôt que de le fléchir et de le courber ; le poids du corps lui-même se trouve soutenu dans le premier cas, et non dans le second. Tout effort additionnel, tel que celui qu'exige l'action de marcher, de soulever des poids, de ramer, est supporté par les muscles extenseurs. C'est le volume de ces derniers qui constitue la charpente musculaire, et qui donne de la plénitude aux mollets, aux cuisses et aux hanches.
Au contraire, la souffrance, tant qu'elle n'est pas extrêmement aiguë, l'abattement, l'épuisement, tendent à relâcher tous ces muscles puissants ; de là vient que la personne tout entière se courbe et s'affaisse, ce qui indique que les sources de la force musculaire sont taries. La différence entre ces deux états, au point de vue de l'attitude générale, est très-marquée. Dans un triomphe, com-
EXPRESSION DU VJSAGE 69
parez le vainqueur avec un de ses captifs ; comparez l'atiitude du guerrier victorieux avec celle des soldats battus. Et, pour le visage, combien sont expressifs ces quelques mots : a ses traits s'affaissèrent! b
Cependant, à cette loi générale il y a une exception remarquable qui a embarrassé le grand physiologiste Millier, de Berlin, et que Sir Charles Bell n'a pu expli- I quer. Il s'agit de l'expression du visage. Les mouvements [ que détermine le plaisir sont frappants et énergiques : les [ sourcils se relèvent, les coins de la bouche s'écartent ; t mats, d'un autre côlé, la souffrance détermine aussi des I mouvements qui ne semblent pas moins énergiques: les f sourcils s'abaissent, le front se ride, les coins de la bou- C che sont tirés en bas, la lèvre inférieure s'avance. Or, I qu'un groupe de muscles agisse énergiqueraent sous l'int fluence du plaisir, et un autre sous celle de la souffrance, I il y aura là deux modes d'action, et non pas une opposi- I tion. Cependant le plaisir et la souffrance sont aussi opîès que la clialeur et le froid. Ce qui causa l'un arrête ' ou détruit l'autre ; de sorte qu'aucune théorie des phénoï mènes physiques qui les accompagnent n'est complète, si I elle ne met pas cette opposition en évidence. On serait \ en contradiction avec soi-même si, pour expliquer la différence entre la solvabilité et l'insolvabilité, on venait dire que l'une est la propriété mobilière et l'autre la pro priété immobilière; et la contradiction sera la même si l'on admet qu'il y a des muscles de plaisir et des muscles de souffrance.
On peut diminuer la difficulté, si l'on veut bien pousser un peu plus loin le contraste que nous avons établi plus
haut entre l'attitude du plaisir et celle de la souffrance, la posture droite et Taffaissement. On peut supposer, nonseulement que l'effort puissant qui tient le corps étendu a cesgé, mais encore que les muscles fléchisseurs agissent de manière à raffaisser encore plus complètement, et distendent autant que possible les puissants muscles érecteurs. Or, un des effets de cette action serait de dégager les courants musculaires, et de laisser libres le sang et la force nerveuse, au profit des autres actions de Téconomie, telles que la digestion, etc., qui sont les premières à se ressentir de toute grande souffrance ou de toute prostration morale. La dépense de force pour TefTort de flexion est assez faible, et le gain que procure la mise en liberté des courants nerveux et musculaires pourrait plus que compenser cette dépense. On épargnerait la lutte entre les deux états, et, malgré la souffrance, il resterait encore une stimulation active.
Pour appliquer cette théorie au visage, nous aurions à considérer si l'opposition des muscles de cette partie pourrait offrir, d'une part l'action énergique de muscles puissants, et, de l'autre, le relâchement de ces muscles sous l'influence de ceux d'un calibre moindre. Nous pouvons supposer qu'un léger effort du petit muscle qui sert à froncer les sourcils, achève le relâchement du muscle plus puissant qui sert à les relever; de même, un faible courant d'énergie dans le muscle qui entoure la bouche, relâche plus complètement les muscles zygomatiques ainsi que le muscle buccinateur, qui sont tendus dans le sourire et dans le rire. L'emploi d*une force peu considérable aurait donc pour effet d'en mettre en liberté une plus grande ; de sorte qu'en définitive, l'action positive de ces