CONDITIONS PHYSIQUES DE LA VOLONTÉ
les souffrances* Par pure spontanéité,* la voix émet des sons, l'oreille les dirige et les rend mélodieux, et les besoins généraux de Torganisme appliquent ces sons à d'autres usages.
Cependant, la spontanéité seule ne suffirait pas pour nous donner tout ce que nous trouvons dans les impulsions de la volonté. Comme elle n'est que la surabondance de la puissance vitale, elle ne se manifesterait qu'aux moments et sur les points où cette surabondance existe. Il nous faut un genre d'activité qui entre en jeu toutes les fois qu'il s'agit d'atteindre un plaisir ou d'écarter une souffrance, et qui puisse être dirigé sur les points mêmes où il s'agit de produire ces effets.
Pour cette force il faut revenir à la grande loi fondamentale du plaisir et de la souffrance, à la loi qui rattache le plaisir à l'accroissement de la puissance vitale, et la souffrance à la diminution de cette même puissance. Cette loi peut être considérée comme étant, à bien des égards, le fondement, Tappui principal de notre être; c'est le principe de conservation, le moteur spontané de l'organisme, moteur qui est à lui-même son propre régulateur. Quand, pour un motif quelconque, nous entrons dans un transport de joie, à cet état mofal correspond une exaltation d'énergie vitale pour les muscles et les fonctions organiques, ensemble ou séparément; et cette exaltation est un accroissement de l'activité qui produit le plaisir. Le premier instant de la mastication d'un morceau appétissant développe une sensation agréable que perçoit l'esprit, et en même temps stimule le corps à une activité croissante ; cette activité accrue se porte
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sur les parties qui* sont alors en mouvement, c'est-à-dire sur les organes de la mastication, les joues, la mâchoire et la langue, qui, par conséquent, travaillent avec un redoublement de vigueur, de sorte que le plaisir nourrit le plaisir. C'est, selon moi, ce rapport qui nous présente le fondement même de la volonté. D'un autre côté, si, dans le cours de l'action énergique de la mastication, un faux mouvement vient à se produire, et que les dents saisissent par erreur la peau de la lèvre ou la langue, l'esprit reçoit un choc de souffrance, et le corps subit, je le crois, une destruction de puissance nerveuse par suite de ce choc , et cette destruction de puissance détermine aussitôt et directement la cessation des courants actifs qui mettent en mouvement la bouche et les mâchoires.
C'est là, je crois, le fondement de la volonté; dans l'âge mûr, il s'élève sur ce fondement une vaste structure de rapports acquis entre les sensations et certains mouvements déterminés. Sans un fondement de ce genre, je ne vois aucun moyen de commencer le travail d'acquisition de la volonté, ni de mettre nos mouvements d'accord avec les sensations du mouvement ; de plus, il y a là un frein toujours prêt à intervenir pour remplacer les habitudes acquises. A un moment quelconque, un plaisir soudain stimule nos forces, une souffrance brusque, si ce n^est pas une douleur aiguë et excitante, les abat ; dans le premier cas, la cause du plaisir, s'il vient de notre activité surabondante, persiste et s'accroît; dans le second, les forces rencontrent un obstacle, et, si elles ont causé la souffrance, cette souffrance cesse au même instant. L'apparition d'une lumière agréable dans un labyrinthe