L'ESPRIT ET LE GORPB
forme la cinquantième partie de ce que notre mémoire doit retenir en arithmétique; alors, pour cette science seule, il farudrait plus de sept mille accroissements nerveux. Cinq autres sciences également étendues donneraient plus de quarante mille combinaisons; seulement, les répétitions inévitables amèneraient une réduction assez considérable de ce nombre. Cependant il faudrait peutêtre à un bon mathématicien plus de vingt ou trente mille combinaisons aussi compliquées que celles de la table de multiplication; et, en même temps, il y aurait un nombre considérable de séries aussi longues que plusieurs colonnes de la table.
Un air de musique, par exemple Tair ancien du psaume C, contient une série déterminée de notes. Voici comment nous pouvons considérer la forme matérielle qui correspond à cet air lorsque nous Tavons appris. La première note ne dit rien; il en faut trois ou quatre pour déterminer Tair. A la séquence de quatre notes, par exemple, s'associe la cinquième, et, en même temps, le nom et tous les autres accessoires de l'air. Il se produit ainsi une situation complexe, à laquelle les notes suivantes viennent toutes s'associer à leur tour. Une trentaine de notes s'enchaînent ainsi dans un ordre déterminé, chaque note se rattachant par association à un groupe de notes, ou d'autres effets intellectuels, d'au moins trois ou quatre membres. Ainsi, ce seul air contient près de trente associations assez con^pliquées. Un bon musicien «ait par cœur des centaines de ces séquences ; il en sait peut-être plus de mille, mais certainement ,pas moins. U faut, bien entendu, tenir compte des répétitions. Ainsi une éducation musicale comprendrait jusqu'à vingt mille associations
SENTIMENTS ET HABITUDES MORALES i07
distinctes de petits groupes de notes déterminantes avec d'autres notes.
Procédant alors par analogie, nous pouvons déterminer le travail que fait la mémoire pour retenir plusieurs propositions consécutives. Les mots déterminants d'un passage, — au nombre de deux, trois ou quatre, — commencent la série; chaque nouveau mot est associé au groupe de mots et d'idées qui le précède.
6° Les rapports acquis entre les sentiments ou les émotions, et les associations de la volonté appelées «habitudes morales » nous fournissent des exemples d'un genre d'accroissements distinct et tout particulier. Le nombre en est aussi très- grand, comme nous le verrons en réfléchissant à la grande multitude d^objets qui se rattachent, dans notre esprit, aux sentiments de plaisir ou de douleur. Leur caractère particulier est la puissance ou Télan plus grand de toutes les ondes qui se rapportent, soit à un sentiment, soit à un exercice de la volonté. A cet élan doit correspondre une explosion de puissance nerveuse, et pour cette explosion il semble qu'il faille une certaine masse de substance nerveuse, — un amas considérable de corpuscules mis en activité. Représentons-nousTeffort nécessaire pour soutenir une lutte de la volonté contre une vive appétence actuelle. Dans un cas pareil, les corpuscules du cerveau doivent agir, non-seulement comme intermédiaires servant à former des groupes compliqués, mais encore comme sources d'énergie; et, pour ce dernier rôle, il faut qu'ils soient multipliés. Le volume du cerveau, c'est-à-dire la multitude desélémentsnerveux, — Ifibresetcorpusculea, — n'est pas proportionnel seulement à l'intelligence ; il varie aussi en raison du besoin de puissance musculaire
motrice. A cela il faut encore ajouter Ténergie de manifestation des émotions, et celle de la volonté ou des impulsions volitives. Il faut donc attribuer au genre d'accroissements dont nous venons de parler une portion considérable des éléments nerveux.
C'est une question délicate que de savoir si les trois fonctions, — intelligence, émotion ou sentiment, et volonté, — occupent chacune une place distincte dans le cerveau. Ce qui est probable, c'est que les combinaisons intellectuelles et les sentiments vont ensemble ; avec cette différence toutefois, que les courants des sentiments ou des émotions sont plus étendus, ont plus d'énergie et vont au loin jusqu'aux centres moteurs, provoquant ce que l'on appelle l'expression du sentiment. Les premiers mouvements de sentiment sont à la fois intellectuels et émotionnels, mais peuvent plus tard se développer plus dans un sens que dans l'autre ; cependant, tout effort intellectuel a un côté émotionnel, et toute explosion émotionnelle a un côté intellectuel.
L'association des objets avec les sentiments est une trèsimportante faculté de l'esprit; elle a une très-grande influence sur les impressions de plaisir ou de souffrance auxquelles nous sommes sensibles dans l'âge mûr. D'après la doctrine de l'évolution, les accroissements de ce genre deviennent héréditaires, et expliquent nos émotions spéciales, telles que la crainte, l'amour et la colère.
Rapprochons ces données et d'autres encore sur l'étendue des acquisitions de l'esprit humain qui exigent des appareils nerveux séparés et indépendants. Prenons pour exemple l'étude des langues, pour laquelle il est possible d'arriver approximativement à une évaluation numérique.