L'ESP|RIT ASSOCIÉ A LA MATIÈRE
intelligible, dégagée de tout tnystère ; telles sont Tétendue, Vinertie, la pesanteur. Elle a d'autres propriétés moins^connues, mais qui n'échappent pas absolument à notre intelligence, telles que la chaleur, la lumière, Télectricité, Tattraction chimique. D'autres propriétés enfin sont encore moins comprises, et sont presque mystérieuses comme les propriétés vitales. Nous ne comprenons pas tout à fait comment la nutrition produit le mouvement des muscles ; nous ne pouvons assimiler ce fait à d'autres faits connus, ni le ramener à aucune loi connue.
L'esprit, dans quelques-uns de ses phénomènes, est assez intelligible. Nous distinguons les plaisirs et les souffrances, nous connaissons plusieurs des lois de leur naissance, de leur déclin et de leur action mutuelle. Nous savons d'une manière positive que nos pensées vont par séries, et nous pouvons ramener plusieurs des séries à des lois générales, ce qui est, jusqu'à un certain point, expliquer les phénomènes. Nous connaissons moins les lois qui gouvernent le mouvement des pensées dans les rêves ; ce mouvement est relativement mystérieux pour nous.
Il y a donc deux connaissances, qui avancent chacune de son côté, et qui étendent peu à peu le domaine du clair et de l'intelligible aux dépens de l'obscur, de l'isolé et de l'inintelligible. Jusque-là, il n'y a rien dont on puisse se plaindre, si ce n'est la lenteur de nos progrès. Mais il faut maintenant tenir compte d'un nouveau fait, celui de la réunion de ces deux ordres de propriétés dans le môme être animé, homme ou animal. Le même être qui possède les facultés intellectuelles, est une masse de matière qui nous présente un grand nombre des pro-
priétés les plus subtiles de la matière. Un animal vivant possède deux ordres de qualités; son être nous présente deux faces, deux aspects différents : d'un côté, il est tout matière, de l'autre, tout esprit. Malgré leur opposition essentielle, ces deux ordres de facultés se trouvent inséparablement unis dans le même être ; ils coexistent dans le même individu, homme ou animal. Le fait peut sembler curieux ou merveilleux, mais il n'y a là rien dont on doive prendre ombrage. Si Tesprit existe, il faut qu'il existe quelque part et dans certaines conditions ; pour ce que nous en savons, il aurait pu exister séparément, d'une manière que nous ne pouvons nous représenter, faute d'un exemple qui soit à notre portée. Mais en fait, il existe associé à une certaine masse matérielle, douée à un degré éminent des propriétés que nous appelons vitales ou organisées. L'esprit n'est pas uni à la matière minérale ou inanimée. Cette union nous empêche-t-elle d'étudier les deux ordres distincts, Tesprit et le corps, chacun selon sa nature ? Il semble que non. Elle ne peut nous empêcher d'observer toutes ces propriétés matérielles dans les minéraux et les végétaux qui existent indépendamment de toute'alliance avec les facultés de Tesprit. Elle ne doit pas empêcher l'étude mêma des fonctions les plus compliquées de l'organisme des animaux, à moins que, de façon ou d'autre, ces fonctions ne soient soumises à des actions de l'esprit qui ne peuvent être reconnues que par un examen sérieux.
Nous pourrions ainsi, suivant toute apparence, poursuivre séparément l'étude de la matière et celle de l'esprit, en dépit de l'incorporation de l'esprit avec la ma-
COMMENT L'ESPRIT ET LE CORPS SONT TJJflIB 133 tière dans certains êtres vivants. Mais alors faut-il tenir compte de i'imion elte-wéme ? Devons-nous mentionner comme propriété de la matière, la faculté que possède une certaine masse matérielle très-compliquée, de s'associer à l'esprit ; et comme propriété de l'esprit, la faculté de s'allier à un corps matériel ? Assurément, s'il en est ainsi, nous sommes en droit de le déclarer. Pouvons-nous alors dire que c'est là un mystère'? Oui, dans un certain sens. C'est un fait isolé et unique, si nous considérons la matière en général ; mais ce fait est cependant d'une très-grande généralité, si nous ajoutons au nombre des individus de la race humaine, le nombre bien plus grand encore des animaux. Son extension à un champ si vaste fait que la familiarité compense le mystère, quoiqu'elle ne diminue en rien l'énorme différence qui existe entre la nature animée d'un côté, et les plantes et les minéraux de l'autre.
Le mystère diminuera encore plus si nous pouvons ramener l'union telle qu'elle est exprimée en gros, à des lois d'union distinctes et spécifiques. Un tel résultat serait un progrès réel dans l'étude d'une partie quelconque de la nature. Nous acceptons l'union de l'esprit et du corps comme un fait, tout aussi bien que nous acceptons n'importe quelle autre union — celle de la chaleur avec la lumière, celle du magnétisme avec le sesquioxyde de fer, celle de la pesanteur avec la matière inerte. Nous cherchons alors à l'exprimer dans les termes les plus simples, ou par les lois les plus générales. Ramenons aux généralités les plus élevées qu'il soit possible de trouver, l'union des plaisirs et des souCTrances avec tous les stimulants physiques des sens, avec toutes les actions de la pensée,
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avec toutes les manifestations extérieures des traits, des gestes, des raouvements et des sécrétions ; et quand cela sera fait, nous aurons dévoilé une partie du mystère par la seule méthode qu'admette la question. Allons encore plus loin, si nous le pouvons ': généraliso*hs les rapports de la penséeou de l'intelligence avec les actions nerveuses et les autres actions; découvrons les fondements physiques sur lesquels s'appuient séparément la mémoire, la raison, l'imagination; trouvons les expressions les plus générales de leurs rapports : nous expliquerons alors d'une manière complète, suffisante et définitive Talliance de Tesprit et du corps dans l'ordre intellectuel. Aucune autre explication n'est nécessaire, aucune autre n'est suffisante, aucune autre ne serait une explication véritahle. Bien loin que ce soit un malheur pour nous, comme on le dit quelquefois, de ne pouvoir connaître l'essence de l'esprit ou celle de la matière, et de ne pouvoir rendre compte de leur union, le véritable malheur serait d'avoir à connaître quelque chose de différent de ce que nous savons ou de ce que nous pouvons savoir. Nous ne devons assurément pas nous plaindre si notre expérience trouve, en dernier ressort^ non pas un seul élément, mais deux> Si nous arrivions facilement à cinquante résultats différents, dont aucun n'eût une seule propriété commune avec une autre^ et si nous n'avions à notre disposition que les facultés bornées qui sont actuellement notre partage, nous serions peut-être en droit de nous plaindre des mystères que présente le monde, en donnant au mot mystère le seul sens qui lui convienne, c'est-à-dire celui d'un sujet qui accable notre intelligence et nous écrase sous le poids de faits qu'il est impossible d'assimiler les