‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relations: suivis d'études sur lesChapitre 73 sur 157 · PHILOSOPHIE DES RAGES INFÉRIEURES · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE DES RAGES INFÉRIEURES

sions? Dans la philosophie primitive des sauvages, les deux ordres de phénomènes s'exphquaient et se complétaient l'un l'autre, grâce à la conception d'une àme-fantôme. L'absence de cette âme constitue le corps privé de vie ; l'apparition de cette âme constitue le rêve ou la vision.

La matière ou la substance de Tâme-fantôme est une sorte de vapeur ou d'ombre, impalpable et invisible, sauf les occasions particulières où elle se manifeste dans le rêve ou la vision ; elle exerce une puissance physique ; elle ressemble à la personne à laquelle elle appartient, et se montre couverte de vêtements et d'accoutrements ; elle peut, non-seulement quitter le corps, mais aussi s'élancer rapidement d'un lieu à un autre, sans que la distance soit un obstacle pour elle ; elle peut prendre possession des corps d'autres hommes ou d'animaux, et agir avec ces corps. Nécessairement, l'âme est le principe de la vie et de toute activité morale dans l'individu auquel elle appartient primitivement. (Tylor, Primitive culture, I, 387) K

Les mots qui servent à désigner l'âme, montrent l'idée

1. Les êtres humains n'étaient pas les seuls auxquels on accordât une âme. La croyance à Tâme des animaux était également générale, et servait de fondement à un grand nombre de cérémonies et de coutumes particulières. On ne faisait aucune distinction essentielle entre les hommes et les animaux, au point de vue des facultés que l'on groupait sous le nom d'âme.

L'analogie entre les hommes et les plantes est bien moins prononcée; mais cependant elle présente les traits bien distincts de la vie et de là mort, de la santé et de la maladie. Cela suffisait pour que l'on douât aussi les plantes d'une âme. La doctrine de la transmigration permet aux plantes d'être à leur lour occupées par un esprit. De plus, le culte des arbres entraîne nécessairement, comme conséquence, la croyance à l'âme des arbres.

La croyance aux esprits ou aux âmes des objets inanimés semble fondée sur une bien faible analogie. Pour les grands agents naturels,'

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généralement adoptée sur sa nature ou sa substance. En première ligne vient le mot d'ombre, d'un si fréquent usage dans les langues civilisées. Ce mot d*ombre réunissait avec assez de bonheur deux des attributs de Tâme, la non-substantialité et la forme de l'individu ; et malgré cela, en le considérant de plus près, on trouverait plusieurs objections à y faire. Ensuite vient le cœur, à cause du rapport qui existe entre ses battements et la pleine vitalité ; puis se présente, dans le même ordre d'idées, l'identité, si largement admise, de l'âme et du sang. En troisième lieu, on a beaucoup parlé de la respiration pour désigner Fâme, à cause du rapport évident qui existe entre la respiration et la vie; les mois psyché^ pneumay animuSy spiritus ont cette origine; les langues sémitiques, ainsi que d'autres encore, offrent des expressions analogues. Enfin, on trouve dans différentes traditions de l'Europe et d'autres parties du monde, un rapport établi entre la vie et la pupille de Vœil, à cause de la différence marquée qui existe entre l'œil d'un homme plein de santé et de vie, et celui d'un malade ou d'un mort. (Tylor, pp. 388-391 i.)

tels que les vents, les fleuves, les océans, le feu, le solfeil, le fait de la puissance qu'ils exercent est par lui-môme un grand point de ressemblance, quoiqu'il y ait en môme temps de fort grandes diftérences ; c'est là l'origine de la personnification de la nature. Les âmes des objets, âmes d'instruments utiles — outils, ustensiles, armes, cabanes, canots, — ont une place parmi les esprits que reconnaissent les races inférieures ; c'est là une conception de l'âme purement utilitaire. Le culte des troncs d'arbres et des pierres, si souvent cité, est assurôment le plus grand abaissement de la faculté de vénération de l'homme; mais on en a expliqué l'existence par des raisons qui semblent fort probables. (Sir John Lubbock, Origine de la civilisation chap. V.) 1. M. Tjlor signale un résultat intéressant de la pluralité des

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