ARISTOTE : — LA MATIÈRE ET LA FORME
— 1«> La Matière^ la cause matérielle, ce dont une chose est faite — marbre, cuivre, bois, etc. ; S» la Forme^ la cause formelle, le type, le plan ou le dessein de l'auteur
— l'idée du statuaire, les plans de l'architecte; S» la cause efficace ou premier moteur — muscle humain, eau, vent ou force quelconque dont on se sert ; 4° la cause finale ^ le but ou l'intention de l'ouvrier — plaisir, gain, réputation.
Après avoir bien vu la portée de ces quatre conditions générales de toute œuvre de l'activité humaine, le lecteur peut négliger les deux dernières comme bien moins importantes que les autres, et concentrer son attention sur la distinction entre les deux premières, la matière et la forme, distinction qui, plus que toutes les autres, se retrouve sans cesse au fond de la pensée d'Aristote. Il développe et varie de mille manières différentes le contraste entre ces deux conditions. Disons cependant, en passant, que la matière considérée comme une des quatre causes, n'est pas à la lettre, séparée de la forme : un bloc de marbre a une forme, bien que ce ne soit pas sa forme définitive. Or, il y a quelque raison de croire qu'Aristote, en établissant ainsi la distinction logique de deux ahHractions — matière abstraite et forme abstraite, séparablès par le raisonnement, mais inséparables dans la réalité — était encore sous l'impression de l'opposition primitive entre la matière brute informe, et la prodiœtion achevée de l'ouvrier. Quoi qu'il en soit, pour se rendre compte d'une substance particulière, il envisage !• la forme, 2° la matière, et S® l'ensemble des deux.
Ce qui prouve qu'Aristote établissait à tort entre la matière ayant reçu sa forme du travail, et la matière
i56 L'ESPRIT ET LE CORPS
brute, une distinction tellement marquée que la véritable distinction logique entre elles en était obscurcie, c'est qu'il établissait une différence de dignité entre la forme et la matière. La forme est l'entité/ plus élevée, plus grande, plus parfaite ; la matière ne vient qu'au second rang. Or, cette remarque ne trouve point* son application dans la distinction logique entre la forme d'un anneau de cuivre, et la matière de cet anneau (abstraction faite de la forme).
La matière peut être un corps, mais ne Test pas nécessairement. Elle ne se comprend que comme le corrélatif de la forme. Chaque variété de matière a sa forme propre, et chaque variété de forme a sa matière particulière. Il y a des gradations de matière, depuis la matière première (materia prima) qui n'a aucune forme quelconque, jusqu'à ses développements les plus élevés, qtii se rapprochent de la forme pure. Le seul sens que nous puissions donner à ces derniers mots d'Aristote, c'est de supposer qu'il avait en vue les différentes phases d'élaboration de la matière du globe, depuis celle de masse de boue informe, jusqu'à l'organisme perfectionné d'un être vivant.
Une autre distinction qu'Aristote a indiquée et mise en lumière, et qu'il a conservée d'une manière définitive, parce qu'elle correspond à une différence dans la nature même des choses, c'est la distinction entre le Potentiel et V Actuel, Les agents actifs ont des moments de rémittence ou de repos ; ils ont la puissance, mais ils ne l'exercent pas. Pendant la veille, Fceil est réellement occupé à voir ; pendant le sommeil, il n'a pas perdu sa puissance, mais il ne l'exerce pas. 11 fallait un mot pour distinguer entre la