‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relations: suivis d'études sur lesChapitre 77 sur 157 · ARISTOTE : — LE POTENTIEL ET L'ACTUEL · texte numérisé non relu

ARISTOTE : — LE POTENTIEL ET L'ACTUEL

puissance en réserve, et Tinaction faute de cette puissance; la Grande-Bretagne, en temps de paix, ne doit pas être confondue avec les nations qui n'ont pas de marine.

La distinction entre le Potentiel et l'Actuel a son utilité et ses conséquences particulières, et n'a aucun rapport avec l'autre grande distinction que nous avons signalée. Mais Aristote n'a pu s'empêcher de mêler les deux : dans la matière considérée en elle-même, il voit le potentiel ; et, dans la forme communiquée à la matière, il voit l'actuel ou la réalité complète. Là le philosophe semble avoir en vue la distinction des deux causes. La matière brute est toujours un composé de matière et de forme ; un bloc de marbre, au sortir de la carrière, n'est pas plus dépourvu de forme, au point de vue de la logique, qu'un des morceaux de la frise du Parthénon. Le passage du potentiel à l'actuel pour les corps, n'est qu'un passage d'une forme à une autre forme. Néanmoins, si nous voulons comprendre ce qui va suivre, il ne faut pas perdre de vue Tidentification de l'actualité et de la forme, en prenant ce dernier mot comme signifiant un produit supérieur d'une substance façonnée par le travail.

Voyons maintenant comment Aristote applique ces distinctions un peu subtiles au grand problème de l'âme et du corps.

Dans l'opposition entre la matière et la forme — entre le potentiel et l'actuel — Fâme est rangée, non avec la matière, mais avec la forme ; non avec le potentiel, mais avec l'actuel. Elle a pour corrélatif la matière, c'est-à-dire le corps ; cette matière a une organisation très-perfectionnée, ou, en d'autres termes, est pourvue de capacités ou de puissances, dont l'àme est le complément. L'union

de la matière potentielle et de la forme ou de l'âine qui la rend actuelle, constitue la totalité de l'être vivant. Dans son amour des distinctions, Aristote remarque que Têtre vivant a deux états : le sommeil et le plein exercice, et que le premier état, c'est-à-dire le degré inférieur de l'actualité , suffit parfaitement pour distinguer l'être vivant ; par conséquent il est inutile de faire figurer dans sa définition le second degré, ou l'actualité supérieure. Voici donc comment Aristote définit l'âme : c c'est la première actualité {entéléchié) d'un corps naturel organisé, qui a la vie en puissance. »

Le point principal de cette définition, c'est l'union intime de l'esprit et du corps. Et en vérité cette union est trop intime, ou plutôt le caractère de cette union n'est pas présenté d'une façon exacte. En fait, l'espht et le corps ne sont pas relatifs et corrélatifs, comme la forme et la matière (au point de vue logique). Dans les couples corrélatifs, — tels que lumière et obscurité, haut et bas, cause et effet, parent et enfant, chef et sujet, soutien et soutenu, — l'un des termes ne peut, dans aucun sens, subsister sans l'autre ; l'existence de l'un ou de l'autre isolément est une contradiction de termes ; un parent sans enfant, un soutien qui n'a rien à soutenir, sont des non-sens absurdes. Or, bien qu en réalité il y ait une alliance intime entre Tâme et le corps, il n'y aurait aucune contradiction à les supposer séparés ; autant que nous pouvons en juger, le corps pourrait avoir ses fonctions matérielles sans l'âme, et l'âme de son côté pourrait posséder ses fonctions psychiques avec quelque rapport autre que celui qu'elle a avec nos corps actuels. Et en

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