PRIESTLEY
! mais la logique de Newton : car Newton fut logicien par la théorie aussi bien que par la pratique ; ses quatre règles philosophiques n'étaient pas seulement inscrites en tête de tous les ouvragesde physique de son temps, mais elles étaient apprises par cœur et appliquées dans toutes les recherches scientifiques. Priestley aussi , grâce à ses études scientifiques, était pleinement en état de répondre àl'argument grossier et inexact, souvent invoqué en faveur du spirituahsme, d'après lequel la matière est une substance solide, impénétrable, inerte, absolument passive et indifférente au repos ou au mouvement, tant qu'elle n'est pas soumise à l'action de quelque force étrangère. Pour réfuter cet argument, Priestley démontre que la matière est essentiellement douée de propriétés actives, de forces d'attraction et de répulsion; son impénétrabilité même suppose l'existence de forces répulsives. Priestley est môme disposé à adopter la théorie de Boscovicb, d'après laquelle la matière n'est qu'une agrégation de centres de force, de points d'attraction et de répulsion réciproques. Après avoir ainsi reconnu l'activité inhérente de la matière, pourquoi ne pas admettre aussi qu'elle est capable d'exercer l'activité spéciale de la pensée, puisqu'après tout la sensation et la perception ne se rencontrent jamais que dans un système matériel oi^anisé? Puisque c'est une règle rigoureuse de la logique de Newton, de ne pas multiplier les causes sans nécessité, nous devons accepter la doctrine d'une seule substance jusqu'à ce qu'il soit démontré, ce qui est impossible jusqu'à présent, que les propriétés de l'esprit sont incompatibles avec celles de la matière. A l'appui de sa théorie, Priestley présente un résumé bien ordonné des faits qui se rappor-
tent à la coexistence du corps et de l'esprit, et il réfute habilement Topinion de ceux qui disent que le corps gêne l'exercice de nos facultés, en remarquant que, d'après cette théorie, les facultés de notre esprit devraient aller en s'accroissant à mesure que nous approchons de notre fin. Il insiste sur les difficultés que présente l'existence d'un rapport de lieu entre la matière et une substance immatérielle et sans étendue, ainsi que l'action mécanique de celle-ci sur la matière — deux points qui n'ont, en effet, jamais été éclaircis à la satisfaction des spiritualistes eux-mêmes. Comme les Pères de l'Eglise l'ont souvent dit, il ne saurait y avoir d'influence réciproque là où il n'y a pas de propriété commune. Priestley s'indigne tout particulièrement contre ceux qui prétendent couvrir une absurdité du nom vénérable de mystère. Il voudrait évidemment voir appliquer la règle de Newton contre la multiplication des causes, pour interdire de multiplier les mystères sans nécessité. Et, en général, quand il s'agit d'une substance spirituelle, le vulgaire, comme les an-^ ciens et les premiers Pères, ne pourra jamais voir la différence qui existe entre elle et rien. Priestley examine ensuite la question au point de vue de l'Écriture, et s'efforce de prouver que le langage de l'Ancien Testament signifie seulement une seule substance douée de propriétés ou d'attributs spirituels; que cette même manière de voir est tout à fait conforme au Nouveau Testament; et que la doctrine d'une âme séparée est un embarras pour le Christianisme tout entier. Il va sans dire que Priestley n'admet point un état intermédiaire entre la mort et la résurrection; il n'admet pas non plus qu'un état semblable de séparation du corps ait rien de corn-