LOCKE — LA METTRIE
intitulé « Analogie, » avait soutenu le spiritualisme, mais sans rien dire de neuf en sa faveur. Nous nous contenterons de dire quelques mots du rôle joué par Priestley dans la discussion entre les philosophes anglais; mais auparavant il faut parler de La Mettrie et des matérialistes du continent, qui appartiennent à la première moitié du xvni* siècle.
L'historien Carlylenous présente La Mettrie parmi les joyeux compagnons de Frédéric-le-Grand, dans la première partie de son règne. C'était un bon vivant, grand dîneur, bel- esprit et en même temps philosophe ; et il est probable que sa fin tragique a souvent été citée comme avertissement contre l'abus des plaisirs de la table. Ses livres de Dhomme-Machine et de V homme-Plante^ sont écrits avec une grande vivacité, et ses vues y sont développées avec une habileté qui dut certainement avoir de Tinfluence sur les plus sceptiques de ses contemporains. Ces ouvrages contiennent surtout des développements al)ondants sur l'influence qu'exerce sur nos sentiments telle ou telle condition physique, comme, par exemple, la nourriture, les stimulants, ^c. « Quelle énorme puissance il y a dans un repas ! Il fait renaître la joie dans un cœur désolé ; il la fait passer dans l'âme de tous les convives, qui l'expriment par une conversation «imable ou une musique agréable! p Et plus loin : € La viande crue donne la férocité aux animaux, et produirait le môme effet sur Thomme. Cela est si vrai, tpjte les Anglais^ qui mangent leur viande saignante, senMent avoir plus ou moms de cette férocité, qui se montre dans leur orgueil, leur haine ou leur mépris pour les autres nations. » De
même, « Thomme a été dompté et apprivoisé par degrés, comme les autres animaux... Nous sommes ce que nous sommes, d'abord par notre organisation, et ensuite par
rinstruction L'iiomme est fait de matériaux qui ne
valent pas mieux que ceux dont sont faits les autres animaux; la nature y a employé une seule et même pâte — seulement elle y a mis un levain différent... Nous pouvons dire du corps que c'est une machine éclairée... C'est une horloge qui a pour ressort le chyle frais fourni par la nourriture. » Il se contente d'effleurer la question de savoir si la matière a une activité propre, et cite des exemples en faveur de l'affirmative ; mais nous verrons ce point mieux discuté par Priestley. La Mettrie ne veut pas se prononcer sur l'existence de Dieu, tant les arguments pour et contre se balancent dans son esprit; il est également indécis sur l'immortalité, mais il pense que le niatérialisme est la doctrine la plus intelligible, puisqu'elle se contente d'une seule substance ; la plus commode, et la plus favorable à la bienveillance universelle.
Les mêmes arguments, avec moins d'esprit et un enchaînement plus logique, se retrouvent dans le Système de la nature du baron d'Holbach ; mais il est inutile de nous y arrêter davantage.
Joseph Priestley fut en même temps écrivain abondant et habile sur la théologie, la philosophie, Thistoire et bien d'autres sujets, et physicien et chimiste distingué, comme le prouvent ses découvertes bien connues. Dans son ouvrage intitulé Le Matérialisme, il commence par en appeler à ce qui était par excellence la logique du dix-huitième siècle — non la logique d'Aristote, ni même celle de Bacon,