‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relations: suivis d'études sur lesChapitre 99 sur 157 · LES SENTIMENTS BASE DE L'IMAGINATION · texte numérisé non relu

LES SENTIMENTS BASE DE L'IMAGINATION

sance intellectuelle et de sentiment. La puissance intellectuelle peut être grande ; mais, si elle n'est accompagnée de sentiment, elle ne servira pas le sentiment , ou bien elle servira tour à tour plusieurs sentiments, sans en servir aucun en particulier. Sous le rapport de Tintelligence poétique, peu d'hommes ont surpassé Bacon. Son esprit était rempli d'images ; il savait présenter d'une manière variée et vive toutes les pensées qui lui venaient ; mais ces images ne touchaient à aucun sentiment profond ; elles étaient fraîches, originales, fermes, capricieuses, pittoresques, c'était un jeu d'esprit qui jamais ne touchait le cœur. Cet homme était naturellement froid ; il n'avait ni la profondeur ni l'étendue de sensibilité d'un Anglais. Peut-être son sentiment le plus fort, de quelque largeur ou de quelque générosité , fut-il en faveur des progrès de l'humanité; mais ce sentiment ne s'élevait pas jusqu'à la passion, il n'avait ni ferveur, ni entraînement. Comparezle avec Shelley sur le même sujet, et vous verrez la différence entre la tiédeur et l'intensité du sentiment. Ce que peut l'intelligence, sans un sentiment fort, nous le trouvons dans Bacon ; ce qu'est Tintelligence unie à un sentiment fort, nous le voyons dans Shelley. Le sentiment donne le ton aux pensées ; il met l'inteUigence en œuvre pour trouver un langage qui ait la même intensité, pour accumuler les circonstances élevées et frappantes. Alors nous avons un poète, un orateur, des pensées vivantes et des expressions brûlantes. Bacon a écrit sur bien des sujets dignes d'intérêt — sur la vérité, l'amour, la religion, la mort, et sur chacune des vertus ; il est toujours original, clair, ingénieux ; si les facultés et les ressources de l'intelligence pouvaient donner à l'homme le senti-

nS ERREURS COURANTES SUR L'ESPRIJ

ment, il aurait senti profondément; mais il ne la jamais fait. La substance du sentiment ne se trouve pas dans l'intelligence ; il a sa source et sa place à part. Dans ses qualités intellectuelles seules , il n'y avait rien qui pût faire de Byron un misanthrope ; mais, étant donné cet état particulier de ses sentiments, son intelligence devait être retenue et absorbée par cet état ; elle devait le servir, le développer et le mettre au jour ; et Tintelligence ainsi employée est l'imagination.

Burke avait incontestablement une imagination puissante, et possédait les deux éléments : la puissance intellectuelle, ou r esprit plein de connaissances et de force créatrice, et la puissance de sentiment, ou la force de la passion qui se laisse diriger par l'intelligence. Sa force intellectuelle se manifesta souvent, à la manière de Bacon, par des fantaisies légères et gaies. Dans bien des occasions, ses sentiments semblaient à peine éveillés. Il avait à soutenir certains points, à exprimer certaines vues, et il exposait des arguments, qu'il animait par des exemples choisis. En pareil cas, c'était un habile dialecticien, et rien de plus. Mais lorsque ses passions furent excitées jusque dans leurs plus intimes profondeurs par la révolution française, sa puissance intellectuelle, prenant un nouvel essor, lui fournit des figures d'une force terrible ; ce n'était plus un homme calme qui semblait se jouer, c'était un homme excité qui tonnait; il nous parle alors « des pieds de ces hommes semblables à des pourceaux ; » — c( de dix mille épées sortant du fourreau. » De tels sentiments n'étaient pas produits par Timagination de l'orateur; ils étaient produits par eux-mêmes; ils avaient leur source indépendante dans la région du sentiment;

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