‹ L'esprit françaisChapitre 107 sur 315 · DAMON, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

DAMON, LE MARQUIS

LE MARQUIS, amicalement. — Tu ne m'attendais pas si tôt, n'est-il pas vrai?...

Point de Lendemain

Ih bien! comment cela s'est-il passé?

DAMON, iifi peu gêné. ■ — Tu savais donc ue j'étais ici?

LE MARQUIS. — Oui, vraiment. On me ; fit dire hier au moment de votre déart... As-tu bien joué ton personnage 1 Le lari a-t-il trouvé ton arrivée bien gro-

îsque

Quand te renvoie-t-on ?... J'ai

ourvu à tout. Je t'amène une bonne aaise qui sera à tes ordres. C'est à charge autant. Il fallait un cavalier à la ba- Dnne, et aussi un paratonnerre pour dé- )urner sur soi tout le fluide des malveilmces d'un époux. Tu as rempli ton office, u as été un amusement pour la route : 'est tout ce que mon amie voulait. Et ma ^connaissance. . .

DAMON, revenu à l'aise. — Oh! non!

on ! Je sers avec générosité ; et, dans îtte occasion, la baronne pourrait te dire ue j'ai mis un zèle au-dessus de ta reconaissance.

LE MARQUIS. — Brave Damon !

DAMON. — • Mais pourquoi arrives-tu si ite?... N'aurait-il pas été plus prudent?...

LE MARQUIS. ■ — Tout est prévu : c'est ; hasard qui semble me conduire ici ; je îrai censé revenir d'une campagne voine. La baronne ne t'a donc pas mis au Durant? Je lui en veux de ce défaut de Dnfiance, après ce que tu faisais pour eus.

DAMON. — Rlle avait sans doute ses aisons ; et peut-être, si elle se fût comlètement expliquée, n'aurais-je pas si ien joué mon personnage.

LE MARQUIS. — Cela, mon cher, a donc té bien plaisant?... Conte-moi tous les étails, conte donc!...

DAMON. — Ah! un moment!... Je n'éùs pas certain que tout ceci fût une coméie ; et, bien que je sois pour quelque chose ans la pièce...

LE MARQUIS. — Tu n'y avais pas le eau rôle.

DAMON. — Va, va, rassure-toi : il n'y jîoint de mauvais rôles pour de bons ac- :;urs.

LE MARQUIS. — J'entends : tu t'en es ien tiré?

DAMON. — Honnêtement.

LE MARQUIS. — Et la baronne?

DAMON. — Incomparable !

LE MARQUIS. — Conçois-tu qu'ou ait pu fixer cette femme-là?... Cela m'a donné de la peine ; mais j'ai amené son caractère au point que c'est peut-être la femme de Paris sur la fidélité de laquelle il y a le plus à compter.

DAMON. — Après tout, c'est bien possible.

LE MARQUIS. — Tel est mon talent.

Toute son inconstance n'était que curiosité. Il fallait s'emparer de cette âme-là.

DAMON. — Rien ne t'échappe.

LE MARQUIS. — N'est-il pas vrai?... Tu n'as pas l'idée de la force de son attachement pour moi ! En fait, elle est délicieuse : tu seras forcé d'en convenir. Entre nous, je ne lui connais qu'un défaut : c'est que la nature, en lui donnant tout, lui a refusé cette flamme divine qui met le comble à ses bienfaits ; elle fait tout naître, tout sentir, mais, quant à elle-même, c'est un marbre.

DAMON. — Ah bah!... Je vois que tu connais cette femme-là juste autant que si tu étais son mari. Vraiment, c'est à s'y tromper ; et si je n'avais pas été présenté hier au véritable...

LE MARQUIS. — A propos, a-t-il été bien bon ?

DAMON. — Jamais on n'a été plus mari que cela.

LE MARQUIS, riant. — Oh! la bonne aventure!... Mais tu n'en ris pas assez à mon gré ! Tu ne sens pas tout le coniiqut de ce qui t'arrive ! Conviens que le théâtre du monde offre des choses bien étranges, qu'il s'y passe des scènes bien divertissantes ? Je brûle d'en rire avec la baronne... Mais il doit faire jour chez elle. J'ai dit que je serais ici de bonne heure... Allons voir...

DAMON — N'estimerais-tu pas plus décent de te présenter d'abord chez le mari ?

LE MARQUIS, se mettant en marche — • Tu es plein de tact... (Revenant.) Dis-moi encore : le barcn t'a donc bien pris pour 1 amant ?

Point de Lendemain

* DAMON. — Tu jugeras de mon succès par la réception qu'il va me faire.

iAu moment où ils vont sortir, le baron entre.)

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