‹ L'esprit françaisChapitre 11 sur 315 · CERTAINES CH055ES · texte numérisé non relu

CERTAINES CH055ES

AR la régularité et la propreté de ses artères neuves, bordées de constructions dont »lusieurs sont de véritables palais et ['hôtels luxueux qui ne laissent rien à ésirer au point de vue de l'hygiène et .u confort, Cannes est devenue une ville anglaise ».

Cette constatation qu'on peut lire dans n guide français de la Provence est ferile en enseignements; aussi bien, sur le ttoral, depuis Hyères jusqu'à Menton, îannes n'est pas la seule ville anglaise, u en train de le devenir, et sur l'alarlante petite carte qui orne la couverture e son livre, M. Demolins aurait pu order d'un trait rouge, comme posseson anglaise, notre côte d'Azur. Mais, titre toutes ces villes, Cannes appartient l'Angleterre. N'a-t-elle pas été fondée ar lord Broughani, que l'on prononce roum, auquel les Cannois reconnaissants tit élevé une statue en marbre, au centre e la petite place des Palmiers, avec sur ! piédestal deux strophes de M. Stephen iégeard? Et quand, dans la rue d'Anbes, l'ami de Simon errait, avec la miraine, très vexé de n'avoir pas envie de âtisseries, il a pu constater que tous les lagasins étaient anglais, que tous les égociants qui se respectent étaient fourisseurs de l'héritier de la couronne d'Anleterre, et que, dans une des principales

chemiseries, tout était frais et joli comme le titre : An Prince de Galles !

Eh bien ! non. Une chose, en outre de et bien plus que l'accent insupportable des cochers et des vieilles femmes qui vendent des fleurs sur les allées, montre que Cannes n'est pas une ville anglaise : c'est que, tout le long de la Croisette, la municipalité a édifié des urinoirs. Voilà une faute, une incongruité que n'auraient certes pas commise des Anglais; que ce soit par esthétique ou par pudeur, peu importe, ils ne l'eussent pas commise et nous découvrons encore un des points par lesquels s'affirme sur nous la supériorité des Anglo-Saxons.

J'ai fait ces réflexions l'autre jour, en me promenant sur la Croisette, à l'heure où le soleil se couche. Je contemplais un spectacle merveilleux : les montagnes de l'Estérel devenues d'un dur violet se détachaient sur un ciel d'incendie, de sang, d'or, de cuivre et de roses, tandis que, du côté des îles de Ivérins, le ciel se dégradait en tme teinte adorablement fondue depuis le bleu le plus chaud jusqu'au bleu exténué des turquoises malades. Et tout en marchant, les yeux éperdument levés vers le ciel, je me suis cogné contre un urinoir. Il était là, petit temple d'ardoise dont la porte s'ouvrait du côté de la mer violette, petit temple élevé à l'un des droits de l'homme que nul régime ne contesta jamais; il semblait être là sur-

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