‹ L'esprit françaisChapitre 12 sur 315 · IL FAUT CACHER CERTAINES CHOSES · texte numérisé non relu

IL FAUT CACHER CERTAINES CHOSES

tout comme une bonne farce faite par la municipalité à l'immensité ! Et c'est cela dont nous souffrons.

Lorsqu'on arrive à Grasse par le boulevard Fragonard, au-dessus du jardin public, la première chose que l'on voit, c'est un kiosque de nécessité, construit avec un souci d'élégance qui le rend encore plus odieux; il s'élève sur un rocher, comme un fortin ; il est insolent et provocant; il se dresse comme un défi au panorama qui se déroule du golfe Juan à l'Estérel. Il est là et on ne voit plus que lui.

Et c'est ainsi sur toute la côte d'Azur; il semble que c'est le principal amusement des municipalités démocratiques :

dans les villes de luxe, sur la promenade élégante, elles protestent par des urinoirs. Il n'y a guère qu'à Monte-Carlo où ces endroits-là soient cachés comme à Paris, dans nos Champs-Elysées, et se dissimulent sous la floraison des géraniums et des rosiers grimpants. Mais Monte-Carlo, par son horrible palais des jeux, jette à la splendeur des soleils couchants et à ton azur, ô Méditerranée! un défid'autresorte.

Et si, comme on me l'assure, c'est un effet inévitable du progrès, cela n' en est pas moins navrant, et les temps sont proches où nos plus beaux sites, en France seront déshonorés par ces petits monuments.

Que des affiches d'apéritifs ou d'eaux de table soient placardées dans chaque province sur l'humble maison du paysan ; qu'un industriel haïssable, de chaque côté d'une ligne de chemin de fer, dresse au milieu des prairies, des vignes et des forêts, des mâts où s'accrochent des pancartes d'un sale bleu et d'un rouge hargneux, c'est la réclame et nous n'y pou-

vons plus rien. Que l'État même, pour des sommes dérisoires, livre l'Estérel à des carriers qui éventrent des montagnes entières et ravagent une lieue de pays pour extraire quelques mètres cubes de porphyre, c'est encore très malheureux; mais c'est l'industrie, et il faut bien paver les villes et bâtir des maisons.

Mais, de toutes nos forces, il convient de protester contre les urinoirs. Il y a là un abus et un danger sur lequel nous attirons l'attention de M. le Ministre des Beaux-Arts.

Il faudrait créer au ministère des Beaux- Arts un nouvel emploi, celui d'inspecteur national des urinoirs. Il aurail sous ses ordres des sous-inspecteurs qui répandus dans toute la France, veilleraient à ce que les urinoirs ne se dresseni pas au milieu des promenades publique; ou contre les cathédrales.

Et si le contribuable se plaint que l'or ait privé ses promenades de leurs plus utilitaires ornements, on pourra lui ré pondre à peu près par une des plus jolie; légendes de Forain : « Un peu de courage tu rendras à la maison ! »

Ou bien encore lui répondre ce qu'un( jeune mère répondait à son enfant.

C'était l'hiver dernier, il faisait froid et passèrent à côté de moi, sur le boule vard Haussmann, une femme très élé gante et un tout petit garçon. Le peti garçon, dont le nez coulait dit : « Maman je voudrais me moucher »; mais enfoncé( jusqu'aux yeux dans un col de chinchill; et ne voulant pas retirer les mains de soi manchon, la jeune mère répondit avei quelle voix délicieuse : «Renifle, cochon ! Renifle, cochon ! voilà ce qu'il faudri répondre au contribuable.

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