‹ L'esprit françaisChapitre 133 sur 315 · PLAISIR A CE QUE JE VOUS AIME TANT, TANT · texte numérisé non relu

PLAISIR A CE QUE JE VOUS AIME TANT, TANT

Les Paroles restent

oourrait mériter d'être aimé ainsi... par /ous?

RÉGINE. — Oh ! qui sait ? Comment iirai-je ?... Quelqu'un qui ne voudrait pas le décider à me deviner, et qui me ferait /ivre un instant de mystère tout à fait aiblime, en m'aimant assez pour ne point )ouvoir discerner que c'est lui que j'aime ;t combien je l'aime !

NOHAN. — Régine !

RÉGINE. — Je vous en prie, mon cher imi, mon doux ami... Me voici pleine de lonte ! Après vous avoir parlé de l'amour ivec tant d'ardeur, il me semble que je serais coupable si, maintenant, tout de uite, je répondais directement à ce que me lemande votre regard, qui m'intimide ,ant. (Avec la plus tendre douceur.) Vous 'oulez que je vous dise ?

NOHAN, revenan-t à lui. — Non, ne dites )as... ne dites rien... Je serais un traître! r ai perdu la raison ; je manquais au serncnt que je me suis fait... Ecoutez-moi. ■et pourquoi ceux qui m'ont jugé sur l'inamie de la faute ne sont-ils pas là, mainenant, pour me juger sur la grandeur de 'expiation?... 'Vous aviez cublié, — et cla vous était facile... et moi c'était l'effet l un délire, — j'avais oublié que j'ai un )ardon, inespéré, à obtenir de vous.

RÉGINE. — Vous êtes tout pardonné.

NOHAN. — Oh ! j'en suis loin !

RÉGINE, lui niontrant une chaise, en daisantant. — Mon frère, de quoi vous ccusez-vous ?

NOHAN. — Je crois encore que je ne vais las pouvoir.

RÉGINE. — Si je vous aidais? (Réfléhissant.} Jlc parie que je devine un peu... lais je n'ose dire... (Soupirant.) Vous vez eu un roman ? Je ne sais quelle avenure ? (Nnhan hausse les épaules en signe 'e dédain.) Tant mieux!

NOHAN. — Je VOUS ai calomniée.

RÉGINE. — Ah ! bah ! Et qu'est-ce que ous avez trouvé à mon sujet?... Que je le teignais les cheveux ! Vous savez que 5 ne les teins pas du tout. C'est leur ouleur presque naturelle, qui leur vient 3ut de suite^ avec l'eau qui me sert à les iver.

ne plaisantez pas,

NOHAN. — Non, l'heure est grave.

RÉGINE. — Quel air vous avez pris!

Mon Dieu, voici déjà que je ne suis plus heureuse !

NOHAN. — Avant de vous aimer...

avant de vous connaître, en somme, j'ai dit du mal de vous... odieusement.

RÉGINE. — Quel mal?

NOHAN. — J'ai parlé de vous, à propos d'une autre personne.

RÉGINE. — Quelle personne?

NOHAN. — Le baron Missen.

RÉGINE, interloquée. — Vous avez dit que le baron Missen me faisait la cour? (Assentiment de Nohan.) D'ailleurs, vous me l'avez dit à moi-même. Vous n'avez pas prétendu, au moins, que je l'aie encouragé? (Signe d'assentiment.) Ah! cela n'est pas bien, c'est mal, c'est très mal, cela m'e fait beaucoup de peine ! . . . Et à qui avez-vous dit cette méchanceté ?

NOHAN. — Peu importe, puisque ensuite tout le monde l'a connue.

RÉGINE, insistant. — Je veux le savoir.

NOHAN. — C'était à M'"'' de Maudre.

RÉGINE, se mordant les lèvres. — Ah ' je commence à m 'expliquer ses airs, certaines de ses mines... Vous avez été bien léger, mon ami, bien inconsidéré ! Mais tâchez de me faire oublier ceci, voulezvous?

NOHAN. — J'irai jusqu'au bout, parce que je trouve en moi la force de l'homme qui donne à celle qu'il aime la plus gra-nde et la plus horrible preuve d'amour qui se puisse imaginer. J'aurais pu ne rien vous dire et peut-être n'auriez-vous jamais rien su de cela. Et si vous aviez jamais appris quelque chose, j'aurais eu beau jeu à mentir, à nier, à bâillonner votre interrogation, d'un de ces baisers dont je me suis vu si près tout à l'heure et dans lesquels j'aurais pu préférer me taire à jamais !

RÉGINE, palpitante . — Que voulez-vous ajouter encore?

NOHAN. ■ — J'ai dit, j'ai donné mes raisons de dire que le baron Missen était votre amant!

Les Paroles restent

NOHAN. — Voila ce dont j'ai été capable

RÉGINE, n'ayant pas d'abord l'air de comprendre ce qu'elle entend. — Mon...

oh!

NOHAN, hors de lui. — Voilà ce dont j'ai été capable. (Se frappant la poitrine et s' agenouillant.) Et ce dont je vous demande pardon à genoux !

RÉGINE, découvrant ses yeux sans paraître Vapercevoir. — Comment ? Moi ?

je riais au milieu de ces femmes, de ces hommes, de tous ces gens! J'étais gaie, affectueuse, confiante... Je ne savais pas. Et tout ce que je faisais d'innocent, de naturel, était interprété sans doute, tourné en moqueries honteuses !

NOHAN, balbutiant. — Régine, ne me voyez-vous pas? Voulez-vous que je me tue?

RÉGINE, se levant et avec une violence croissante. — Et c'est sous les pieds de cette méchante M""® de Maudre que vous avez ainsi jeté mon honneur ! Pourquoi, au fait? Comment cela? Vous étiez donc ensemble en bien grande familiarité, pour vous amuser à me salir auprès d'elle?... Non, ne me répondez pas, je vous défends de rien me dire de plus. Une

femme ! . . . cette femme ! ... a été contre moi votre complice ! Ah ! ne parlez pas de m'ai mer, après m'avoir si bassement mépri sée!... Mais elle, cette autre, vous l'aimies donc bien pour me Jeter en pâture à férocités!... Alors, soit! Continuez à l'ai mer ! Gardez-la ! Elle est vraiment dign* de vous !

NOHAjs'. — Régine!...

RÉGINE. — Mais vous, au moins, lors que voua profériez votre calomnie, étiea- Tous convaincu qu'elle fût vraie? Soutenez moi que vous y croyiez, ce sera votre excuse !

NOHAN. — Régine! ma chère Régin* de tout à l'heure, je vous vénère dans le passé Je vous implore et je vous adore.

RÉGINE, sardoniqueîuent. — Ah ! vraiment, vous décidiez ainsi de moi, sans plus de conviction, rien que pour faire de l'esprit? Eh bien, vous auriez mieux fait d'avoir plus de confiance dans votre découverte, car vous aviez deviné juste Et c'est bien le moins aujourd'hui que je vous en félicite. Quoi ! vous ne me croyez pas ? Mon affirmation ne vous suffit pas? Quelle preuve donc vous faudrait-il ?

NoHAN. — Voulez-vous

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