‹ L'esprit françaisChapitre 132 sur 315 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

NOHAN seul, puis REGINE.

NOHAN, avec rage. — Ah ! comme il faut que les honnêtes gens soient honnêtes, pour deviner ainsi de la canaillerie partout ! Mais chacun de nos actes, de nos gestes, de nos rêves, tout... jusqu'au battement le plus intime de notre cœur, cela n'est donc pas à nous seuls, ni même un peu à nous ? Cela appartient donc souverainement à autrui, au monde, à la foule des inconnus ? Notre âme est donc un étalage oii les passants prennent l'objet qui leur convient?... Oui, un étal, oii le premier venu s'empare du morceau désigné, l'emporte tout palpitant et l'accommode, l'assaisonne, le dénature à sa guise ! Allons, tout est fini ! {Il va pour sortir. Entre Régine, qui se tamponne les yeux avec un mouchoir, mais qui a le sourire aux lèvres.) Vous pleurez ?

RÉGINE. — Oh! ne m'interrogez pas, vous me feriez pleurer encore ! Je sens que dans ce moment-ci, je puis pleui-er pendan des heures... Je ne saurais dire si c'est dt chagrin ou de joie... Je pleurerais... j( pleurerais !...

NOHAN. — D'ailleurs, je n'ai pas d( question à vous faire ; je suis informé.

RÉGINE. — Ma cousine vous a appris {Signe affirmatif de Nohan.) On dirai que vous êtes mécontent, vous avez l'ai; triste... oh ! si triste !

NOHAN. — Le changement de votre sor a bouleversé le mien.

RÉGINE. — Vous croyez qu'il y a quel que chose de changé en moi ? Vous vou; trompez... Comment pourrais-je vous prou ver que vous vous trompez 1

NOHAN, malgré lui. — Ah ! si vous m'ai miez comme je vous aime ! jusqu'à ce qu< tout ce qu'il y a d'autre au monde vou; fût égal ! Si rien, en dehors de moi, ne comptait pour vous!...

RÉGINE, aff ectueusement interrogative — Alors ?

NOHAN, repris par elle. — Dites-moi seu lement, cela n'engage à rien, cela peui, même se répondre en riant, dites-moi qu^ vous avez un peu de plaisir à ce que y vous aime tant, tant!...

RÉGINE, après un silence. — Etre ai mée ! ou du moins se croire aimée ! Quanc, on est encore un peu jeune, pas trop laide faut-il penser que ce soit bien rare, biei difficile 1 II me semble qu'il doit suffin de le vouloir... Probablement, j'ai tort Mais aimer! {Avec chaleur.) Pouvoir ai mer, savoir que l'on aime, être certaini que cet amour, on l'a bien à soi, que c'es' tout à fait sien, que rien ni personne m peut l'altérer ; être si loin de pouvoir ei douter, que l'on sente qu'il vous étoufî(j presque... Ah! c'est cet amour-là qui e fait de la joie! A quoi bon l'amour qu l'on inspire? Tout l'amour, c'est celu qu'on éprouve !

NOHAN, éperdu. — Est-il donc un« femme capable d'aimer ainsi ?

RÉGINE. — Mais ne serait-ce donc pa; ainsi que toutes les femmes aiment ?

NOHAN. — Alors, quel homme au mond«

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NoHAN. — Dites-moi que vous avez un peu de

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